Ces conseils sont extraits du discours fait par le Bâtonnier ANINARD, le 9 mars 1892, lors de la Séance Solennelle de Rentrée de la CONFERENCE DU STAGE du BARREAU d’AIX en PROVENCE.
Le ton, le style et le contenu de ce discours étaient, évidemment, ce que l’on pouvait attendre de mieux, à l’époque, alors que s’achevait le 19ème siècle.
Il n’en serait, certainement, pas de même, aujourd’hui, à l’aube de 21ème siècle et les conseils donnés aux jeunes avocats pour leurs plaidoiries seraient quelque peu différents.
Mais depuis que les avocats existent, les plaidoiries obéissent à des principes essentiels que le Bâtonnier ANINARD rappelle dans son discours et qui ne seraient désavoués par aucun d’entre nous.
Dégageons de ce discours tout ce qui pourrait, encore, concerner les avocats de notre temps.
Plaider, dit le Bâtonnier ANINARD, c’est remplir trois conditions :
Se posséder soi-même
Posséder son sujet
Posséder son auditoire
Il n’est pas aisé de se posséder pleinement.
Quelle science et quel art il faut pour tenir son rôle !
Pour que soit traduite l’harmonie de la voix et du geste, du cœur et de l’esprit, du sentiment et de la raison, dans le ton exact qu’impliquent le sujet et les circonstances, pour maintenir l’équilibre entre le droit et le fait, entre la chaleur de la passion et la froideur du raisonnement et n’être ni brutal ni absurde, mais de bon sens, de sens commun, de sens humain !
Il y faut la sagesse du philosophe et le goût de l’artiste, la science du jurisconsulte et le tact du diplomate.
Posséder son auditoire paraîtra, certainement, le plus ardu.
Tout le rôle de l’avocat est de l’éclairer et de le convaincre.
Pour y parvenir, il est de rigueur de bien connaître son sujet.
Connaître son procès est uniquement le fruit de l’étude.
On n’improvise pas une plaidoirie ; il y faut une préparation attentive et patiente.
L’improvisation même (mot trompeur) n’est souvent que l’art de prévoir et la faculté de se souvenir à propos.
C’est une combinaison soudaine d’éléments réunis depuis longtemps, mis tout à coup, en œuvre par la chaleur d’une émotion plus vive, mais toujours par des moyens que l’exercice seul peut nous rendre familiers.
Un bronze se coule, en un instant ;il a fallu de longs jours pour en creuser le moule.
BERRYER, l’improvisateur sans rival, avait coutume de dire :
« Je ne plaide bien qu’un procès que j’ai bien préparé ».
C’est à ce propos, que le Bâtonnier ANINARD dira, en ce qui concerne la forme :
Une recherche étroite de la forme est moins d’un avocat que d’un académicien et d’un rhéteur.
Mais il fera, alors, un éloge inattendu de la plume, c’est à dire de l’écriture.
C’est, dira-t-il, l’outil indispensable de toute préparation consciencieuse.
La plume sonde le terrain et trouve le bon filon ;elle creuse et va jusqu’aux racines, elle dissèque et ordonne les faits, classe les divisions, débrouille l’enchevêtrement des idées et force l’argument à se dégager net et précis.
Laissez-lui encore, à cette plume fixer quelques expressions heureuses et même un mouvement jailli du feu de l’étude.
Mais gardez-vous de la laisser arrêter irrévocablement l’allure et le ton de votre discours.
On ne règle pas à l’avance les incidents d’une rencontre ou les phases d’une explosion.
Arriver à la barre, avec un texte immuable, ce n’est pas posséder son sujet, c’est d’être possédé par lui.
Mais si vous voulez être facilement le maître de votre plaidoirie, mettez-y de l’unité.
Donnez-lui une tête, mais ne lui en donnez qu’une ;de tous vos moyens, choisissez le meilleur et faites qu’il commande à tous les autres.
En même temps que vous rendrez votre tâche plus aisée, vous rendrez votre succès plus certain, car là où passera la tête passera le reste du corps.
Etre clair et être bref, c’est bien posséder son sujet.
Posséder son sujet est le meilleur acheminement à la possession de soi-même et le plus sûr moyen d’avoir « l’oreille » du juge.
Tels sont les conseils que donne le Bâtonnier ANINARD dans son discours, prononcé le 9 mars 1892 à l’intention des jeunes avocats et que les archives de l’Ordre ont conservé.
Mais ce discours contient bien d’autres recommandations, notamment, sur
les qualités morales de l’avocat, indissociables de son activité professionnelle et donc de la plaidoirie : dignité, indépendance, loyauté, probité, humanité… que l’on retrouvera, un siècle plus tard, dans le serment de l’avocat.
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