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Chronique du temps passé ..ou Histoires du Barreau d'Aix en Provence par Monsieur le Bâtonnier Charles COHEN.
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Chronique n°13 > MAITRE PASCALIS, VOUS SEREZ, UN JOUR, PENDU !

Cette chronique est bien une chronique historique et non pas philosophique ou astrologique… Et pourtant, ne pourrait-on pas s’interroger sur certaines destinées, comme le ferait un philosophe ou même un astrologue ? La mort est un sujet inépuisable de réflexion. Elle est évidemment inéluctable, mais personne ne peut en connaître l’échéance, ni davantage les circonstances … Ce qui préoccupe surtout l’homme, ce n’est pas de savoir QUAND, mais COMMENT ?
Imaginons Maître PASCALIS, avocat au Parlement de Provence, avocat estimé, réputé, fortuné, qui serait allé un jour –comme les grands de ce monde– consulter un astrologue pour connaître son avenir et à qui l’astrologue aurait dit :

"Maître PASCALIS, vous serez, un jour, pendu ! »


Maître PASCALIS aurait, sans doute, poussé un grand éclat de rire et quitté l’astrologue en haussant les épaules.

Et pourtant ! Maître PASCALIS fut pendu à un arbre du fameux Cours d’Aix en Provence, qui ne s’appelait pas encore le Cours Mirabeau.

Pour quelles raisons ?

Abandonnons la philosophie et l’astrologie pour reprendre l’Histoire.

1790 ! Depuis le 14 juillet 1789, la Révolution est en marche … vers le meilleur comme vers le pire.

La justice est encore rendue par les Parlements qui assurent des taches administratives importantes.

Le Parlement de Provence s’est illustré par sa sagesse et sa détermination, mais aussi par ses excès, si bien qu’il a pu être considéré comme étant l’un des trois fléaux de la Provence, avec le mistral et la Durance.

L’Assemblée Constituante légifère à Paris, dans l’enthousiasme et la fièvre.

Dans la nuit du 4 août 1790, elle abolit tous les privilèges. Le 7 septembre, elle décide de la suppression des Parlements. Le 17 septembre, elle supprime le costume des avocats et, en même temps, proclame leur disparition.

Ces textes sont votés par une Assemblée qui compte, pourtant, 183 avocats dans ses rangs … dont les célèbres SIMEON et PORTALIS !

Le Parlement de Provence est, lui, en vacances d’été. Seule demeure en fonction pendant cette période la Chambre dite « des Vacations ».

Elle tient audience le 17 septembre 1790 …

La suppression des Parlements vient d’être annoncée, mais, déjà, la Constitution Provençale à laquelle les provençaux étaient si attachés, a été abrogée.

Maître PASCALIS n’a pas pris de vacances. Il se rend, ce 27 septembre, au Palais Comtal où siège le Parlement et –accompagné de dix jeunes avocats ainsi que de deux anciens, Maîtres d’ALPHERAN et DUBREUIL– tous revêtus de leur robe, il pénètre dans la salle d’audience de la Chambre des Vacations, dont le président est François-Marie de CABRE.

La parole lui est aussitôt donnée, à sa demande. Sur un ton grave et solennel, Maître PASCALIS prononce ce qui sera sa dernière intervention, sa dernière plaidoirie :

«Messieurs, dira-t-il, les édits du 8 mai 1788 me forcèrent, comme administrateur du pays, de consigner dans vos registres les réclamations d’un peuple jaloux de sa constitution et de sa liberté, idolâtre des vertus de son roi. Dans des circonstances plus désastreuses, je viens remplir un ministère non moins imposant et, au nom d’un ordre qui s’honore toujours de seconder vos efforts pour le maintien des droits du pays, déposer dans votre sein les alarmes des vrais citoyens.

Et, après avoir exprimé l’espoir qu’on reviendra à l’ancienne constitution, il ajoutera :

« Tels sont, Messieurs, les vœux dont vous fait hommage un ordre non moins célèbre par ses talents que par ses vertus, qui sut mériter l’estime des différents tribunaux du royaume et conserver le vôtre, qui mit, toujours, sa gloire à partager vos travaux et vos disgrâces, qui n’eut d’autre récompense que celle de veiller plus spécialement au maintien de la constitution et au soulagement du peuple et qui, décidé à s’ensevelir avec la magistrature, veut et mourir citoyen provençal, bon et fidèle sujet du comte de Provence, roi de France. »

A la suite de ce discours, prononcé dans l’émotion générale, la Chambre des Vacations rendra un arrêt solennel considéré, en quelque sorte, comme le testament de la magistrature provençale.

Le 12 décembre 1790, PASCALIS était arrêté et emprisonné. Le 14 décembre, il était arraché de sa prison et pendu aussitôt à un arbre du Cours.

Ainsi prirent fin la carrière et la vie de celui qui fut, de son temps, un avocat remarquable par son talent, ses vertus et son courage, ainsi qu’un administrateur, en tant qu’assesseur, des affaires de la cité et de la Provence.

Mais, rares sont ceux qui en ont gardé –en dehors des historiens– le souvenir et jamais aucun hommage ne semble avoir été rendu à cet aixois dont aucune rue, aucun monument, aucune plaque ne porte le nom et dont aucune trace ne figure sur les Registres de l’Ordre des Avocats, même pour mémoire.

Essayons d’imaginer ce qui serait advenu si Maître PASCALIS, le 27 septembre 1790, comme la majorité de ses confrères, s’était retiré dans sa maison de campagne …

Il aurait certainement eu une aussi belle carrière que SIMEON et PORTALIS et aurait, sans doute, fini paisiblement ses jours, comblé d’honneurs.

MAIS VOILA !

Maître PASCALIS était bien à Aix, le 27 septembre 1790, revêtu de sa robe et envahi par l’indignation et la tristesse de voir disparaître son Parlement et son Barreau.

LES PLATANES DU COURS MIRABEAU, EUX, S’EN SOUVIENNENT ENCORE !

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