Le Barreau d’AIX-EN-PROVENCE, comme d’ailleurs tous les Barreaux de FRANCE et de NAVARRE, fut , très longtemps, un barreau d’hommes ; la femme n’y ayant pas sa place, en raison de sa situation sociale et juridique, trop dépendante de son mari lorsqu’elle était mariée et aussi et surtout parce qu’on ne lui reconnaissait pas les qualités et la culture que rendait indispensables l’exercice de la profession d’avocat.
Les siècles et les siècles s’écoulèrent avant que n’apparaisse la première femme admise dans un barreau.
Ce fut Mademoiselle CHAUVIN qui fut donc la première en France à prêter le serment d’avocat et cet événement considérable eut lieu le 6 décembre 1900 à Paris.
Pour en arriver là, Mademoiselle CHAUVIN dut vaincre maintes résistances, tant paraissait étrange et insolite sa prétention de devenir avocat.
On raconte que de très nombreux curieux, en dehors des magistrats et avocats attirés par l’événement, se pressaient dans la salle d’audience et chacun cherchait à reconnaître Mademoiselle CHAUVIN dans le groupe d’avocats qui devaient prêter serment ce jour-là.
“ Avec sa toque crânement enfoncée sur la tête, cachant la torsade des cheveux relevés en arrière et aplatis sur le sommet, avec son haut col cassé et sa cravate blanche, perdue dans sa robe noire mêlée aux autres robes, Mademoiselle CHAUVIN avait cet air de petit garçon que le travesti donne aux femmes.”
Lors de la Rentrée Solennelle de la Conférence du Stage qui avait eu lieu quelques jours auparavant, le Bâtonnier du Barreau de Paris, avait déjà dit, avec ironie et sous les rires de l’assistance, ce qu’il pensait de l’admission d’une femme au Barreau :
“ Dans le cours même de cette semaine, une innovation vient d’aboutir que l’on a prise longtemps pour un paradoxe. Elle consiste à admettre, dans l’Ordre, des femmes qui, depuis le temps reculé de l’histoire romaine, en avaient été écartées, d’un consentement unanime. A parler franchement, cette nouvelle application et cette victoire inattendue du féminisme ne paraissaient ni nécessaires ni urgentes. Ce n’est pas manquer à la justice, ni méconnaître l’égalité des deux sexes que de croire que les divers offices à remplir dans la société ne doivent pas être confiés indistinctement à l’un et l’autre.”
Les caricaturistes s’en mêlèrent, évidemment.
Ne vit-on pas dans un certain journal, la caricature de Mademoiselle CHAUVIN, ouvrant largement les plis de sa robe d’avocat et concluant sa plaidoirie, comme s’il s’agissait d’un argument décisif, en découvrant deux jolis seins dénudés ?
Tout ceci se passait, bien sûr, à Paris, mais que se passait-il à Aix dans ce domaine ?
Il semble que le Barreau ait tenté bien peu de femmes. La première à tenter l’aventure fut Mademoiselle Jeanne - Emilie CLEMENT qui prêta serment le 3 juillet 1923, suivie de Mesdemoiselles Renée MILHAUD et Gabrielle SAVAJOU qui prêtèrent toutes deux serment le 20 Novembre 1923, puis de Mesdemoiselles Marthe CROUASOU et Françoise ROSSI.
Elles furent donc admises comme avocates stagiaires, mais seule Mademoiselle Renée MILHAUD accéda au Grand Tableau, pour disparaître très vite, on ne sait trop pourquoi, probablement pour cause de mariage.
Il faut bien reconnaître que, pendant longtemps, les jeunes filles qui s’inscrivaient au barreau ne le faisaient que dans l’attente de s’engager dans d’autres liens, de préférence matrimoniaux et extrêmement rares étaient celles qui s’apprêtaient à y faire vraiment carrière.
La seule femme qui s’inscrivit la première dans cette intention fut Mademoiselle Marie-Thérèse LANSAC qui ,ayant prêté serment le 27 mai 1928 fut, pendant longtemps, la seule femme inscrite au Barreau d’Aix qu’elle ne quitta qu’après une très longue carrière.
Mais comme le dirait encore RACINE :
« QUE LES TEMPS SONT CHANGES ! »
Un coup d’œil sur le Tableau de l’an 2000 nous permet de constater que 404 avocats y sont inscrits, dont 186 femmes, et que, sur la liste du stage figurent 47 avocats dont 37 femmes.
Soit au total 451 avocats dont 223 femmes.
L’égalité est presque parfaite.
Elle ne le sera certainement plus en 2001.
Devinez au profit de qui !
La réponse se trouve , sans doute dans la page de couverture récente d’un hebdomadaire bien connu :
« LES FEMMES ATTAQUENT ..... »,
titre accrocheur concernant la prise du pouvoir par les femmes.
Ne pourrait-il pas s’appliquer, aussi , à tous les domaines professionnels, dont bien sûr, l’activité judiciaire ?
Les citations qui figurent dans cette chronique ont été puisées dans le très beau livre de Maître Jacques BOEDELS, avocat au Barreau de Paris, paru aux Editions ANTEBI sous le titre : « LES HABITS DU POUVOIR : LA JUSTICE. »
« Retour