Il est difficile d'imaginer une carrière aussi dense, aussi pleine, aussi réussie que celle de Joseph CABASSOL.
Un rapide et premier survol de cette carrière nous permettra immédiatement d'en juger :
Joseph CABASSOL naît le 21 janvier 1859 à AIX-EN-PROVENCE.
Son père est marchand toilier et appartient donc à la petite bourgeoisie.
Cela n'empêche pas Joseph CABASSOL de faire de brillantes études de droit, couronnées par un doctorat et de faire une entrée remarquée au Barreau de la ville où il est né et où il a passé toute sa jeunesse.
Dès ses débuts professionnels, il devient lauréat de la Conférence du Stage, ce qui lui vaut de prononcer le discours de la Rentrée Solennelle de cette Conférence.
Sa carrière va se dérouler d'une façons harmonieuse, grâce à un travail obstiné, une culture très étendue, un ambition légitime que justifie un tempérament plein d'énergie, lequel le pousse à l'action militante.
Ses éminentes qualités lui valent d'être élu et réélu Bâtonnier de l'Ordre de 1903 à 1905, à l'âge de quarante quatre ans.
Mais, Joseph CABASSOL n'était pas homme à se contenter de son activité d'avocat malgré d'indéniables succès.
Il se lancera donc dans la vie publique en briguant les suffrages de ses concitoyens, à telle enseigne qu'il deviendra Maire de la Ville d'AIX-EN-PROVENCE qu'il administrera de 1902 à 1908, et aussi conseiller Général et même Président du Conseil Général du Département des Bouches-du-Rhône.
Mais, là ne s'arrêtera pas son activité pourtant déjà débordante puisque, après trente sept ans de carrière professionnelle d'avocat, il accepte d'entrer dans la magistrature et devient président de chambre à la Cour d'Appel puis Premier Président de cette même Cour.
Nous pourrions penser que ces très nombreuses activités auront suffi à remplir sa vie.
Sa grande culture devait trouver l' épanouissement qui lui était dû par son admission comme "orateur et poète" à l'ACADEMIE DES SCIENCES ET BELLES LETTRES D'AIX dont il finit par devenir le Secrétaire Perpétuel.
Mais ce très rapide survol ne peut donner qu'une idée fort incomplète de ce que fut la vie professionnelle, publique et culturelle de Joseph CABASSOL, homme de conviction et d'action.
Il nous faut donc revenir sur le parcours de celui qui fut appelé, selon la situation du moment, M. le Bâtonnier, M. le Maire, M. le Premier Président, ou encore M. le Secrétaire Perpétuel, sans compter, certainement, bien d'autres titres et qualités.
Mais, ce qui occupera la plus grande partie de son existence, ce fut, évidemment, sa carrière d'avocat que nous allons évoquer d'une manière plus détaillée et qui lui vaut, à notre sens, de trouver sa place parmi LES GRANDES FIGURES DU BARREAU D'AIX-EN-PROVENCE .
Car, même après avoir quitté son barreau, après presque quatre décennies d'exercice, Joseph CABASSOL, devenu haut magistrat, conserva des liens si étroits avec ce barreau qu'il donna l'impression de ne l'avoir jamais quitté.
Son passage du Barreau à la Magistrature au niveau le plus élevé n'était, d'ailleurs, que la transposition à son époque de la longue tradition des Parlements et notamment de celui de PROVENCE, tradition qui voyait nombre d'avocats, achevant leur carrière, être portés, en raison de leur expérience et de leur notoriété aux postes les plus enviés de la magistrature.
Les archives de l'Ordre témoignent de l'action constante du Bâtonnier Joseph CABASSOL dans la défense des principes garantissant l'indépendance, la dignité et la rang revendiqués en toutes circonstances par le Barreau.
On y relève un certain nombre de délibérations du Conseil de l'Ordre, soit sous sa présidence soit en simple qualité de membre, élu avant comme après son Bâtonnat.
Mais on y trouve surtout le texte de ses discours, fidèlement retranscrits à la plume et prononcés par lui en sa qualité de Bâtonnier lors des séances annuelles de Rentrée Solennelle de la Conférence du Stage (qualifiées parfois de Clôture Solennelle).
Y figurent donc deux discours prononcés en 1904 et en 1905.
Il nous faut dire quelques mots de ces discours de Bâtonniers qui s'adressent toujours au jeune barreau puisque celui-ci est spécialement réuni dans le cadre de ces Conférences.
Ils ont évidemment, à la fois un caractère solennel, simple et direct, voire affectueux, bien que certains soient incantatoires ou paternalistes plus que paternels.
Ils bénéficient également d'un public de choix constitué des plus hautes autorités civiles, militaires, religieuses et bien entendu judiciaires ; en présence de l'ensemble des avocats du barreau, outre des avocats venant de barreaux extérieurs.
C'est au cours de ces séances que le lauréat de la Conférence prononce aussi un discours sur un sujet de son choix (plus ou moins contrôlé par le Bâtonnier), discours redoutable et redouté, mais combien recherché, qui marquera son entrée dans la carrière.
Le Bâtonnier Joseph CABASSOL, dans le premier de ses deux discours, rappellera la longue tradition, toujours observée, de ces Séances Solennelles :
"... Et ce n'est point une formalité banale et de tradition surannée que nous venons accomplir ; c'est la solennité jugée nécessaire par l'arrêt de règlement de 1344 qui créa le stage des avocats... C'est lors de cette réunion annuelle que le Chef de l'Ordre a mission d'exposer aux jeunes les règles qui les régissent et de leur dire qu'au seuil même du Palais, ils trouveront toujours pour les accueillir, les guider, aplanir sous leurs pas les difficultés de la route à parcourir, leurs aînés étant heureux de faire à leur profit ce que de plus anciens firent pour eux-mêmes."
Certes, tous ces discours peuvent paraître "décalés" par rapport à nos contraintes professionnelles actuelles et à l'évolution de notre profession…
On y retiendra, malgré tout, le rappel de principes intangibles, formulées dans une autre langue et un autre style ,mais qui subsistent encore parce que , sans eux, la profession d'avocat cesserait d'être ainsi nommée.
Dans son premier discours, donc, le Bâtonnier Joseph CABASSOL se défendra tout d'abord de "rester dans les lieux commun " et développera , à sa manière simple et directe, en avance sur son époque, le thème selon lequel la profession d'avocat repose sur trois bases : le travail , la probité, le désintéressement.
Nous pourrions, aujourd'hui, développer le même thème en modifiant à peine les termes employés.
En les adaptant aux exigences de notre temps, en traduisant travail par compétence et technicité, probité par conscience professionnelle, désintéressement par modération et mesure dans l'appréciation de la rémunération.
Ce qu'il faut retenir encore de ces discours de Rentrée Solennelle (ou de Clôture) et cette remarque vaut pour celui du Bâtonnier CABASSOL comme pour la plupart des discours, c'est l'inquiétude qui y apparaît, concernant les difficultés que rencontre l'avocat et surtout le jeune avocat.
Ce qui nous permet de penser, contrairement à une opinion généralement répandue, notamment dans le jeune barreau, que la profession d'avocat n'a jamais garanti le succès ni la prospérité, peut-être encore moins jadis qu'aujourd'hui, où l'avocat bénéficie d'une protection sociale et d'autres avantages totalement inconnus jusqu'à une époque relativement récente.
Dans cet ordre d'idées, le Bâtonnier Joseph CABASSOL se disait, donc, déjà préoccupé par
"l'affluence toujours croissante des avocats étrangers", ne visant d'ailleurs que les avocats des autres barreaux, le temps n'étant pas encore venu où l'on pouvait redouter la concurrence des véritables avocats étrangers, venus d'autres pays.
"Hélas ! disait-il,
c'est un fait trop certain qui a fait naître de grandes préoccupations dans l'esprit des membres du Conseil de l'Ordre."
Bien sûr, le discours ne se terminera pas sans que soient prodiguées des paroles d'encouragement et de bon sens que l'on ne désavouerait pas aujourd'hui :
"Sans doute, les débuts sont difficiles, mais quelle est donc, je vous le demande, la carrière dans laquelle il est possible d'entrer tout d'un coup sans efforts... partout il est difficile de faire sa place au soleil, de gagner sa vie, d'atteindre un but. Félicitez-vous donc, au lieu de vous décourager dès l'abord, d'être des privilégiés. Félicitez-vous et aimez votre profession ..."
Le deuxième discours, celui de l'année suivante, soit en 1905, du Bâtonnier Joseph CABASSOL, le dernier que fait un Bâtonnier dont le mandat s'achève, est un véritable cours de déontologie.
"Je veux, ce soir, dit-il en commençant ,vous parler quelques instants des droits et des prérogatives que confère le titre d'avocat à celui qui a l'honneur d'en être revêtu."
"C'est parce qu'il a des devoirs très particuliers que l'avocat a des droits..."
L'essentiel du discours reposera sur l'idée qu'à chacune des prérogatives dont bénéficie l'avocat correspond une obligation.
Après de nombreux exemples illustrant son propos, le Bâtonnier CABASSOL va quelque peu s'attarder sur la liberté de parole de l'avocat, sur son "
droit de plaider comme il l'entend, sous le seul contrôle de sa conscience et de sa dignité", en soulignant le principe, si actuel, selon lequel "
l'immunité de la défense est la conséquence du principe même de l'indépendance de l'avocat".
Et de rappeler que le temps n'était pas si lointain où l'avocat plaidait la tête couverte de sa toque.
"Maître, couvrez-vous, disait le magistrat en donnant la parole au défenseur. Cela ne signifiait point "mettez-vous à votre aise ", mais " Parlez librement !".
Mais que veut dire "parler librement" ?
Le Bâtonnier CABASSOL s'en explique immédiatement :
"Parler librement devant le magistrat veut dire que l'avocat doit être écouté et n'être pas interrompu. Le premier devoir du juge est d'écouter et il doit s'imposer d'entendre ce qui lui parait inutile s'il ne veut pas s'exposer à étouffer des détails nécessaires..."
N'est-ce pas ce que disait, il n'y a pas si longtemps, le Premier Président de la Cour de Cassation M. Pierre DRAI, dans un livre de Laurent GREILSAMER
"LES JUGES VOUS PARLENT" paru aux Editions FAYARD ?
A la question qui lui était posée :
"Quelle définition donneriez-vous du Juge ?
il avait répondu :
"C'est une personne qui aime écouter, qui réfléchit et qui tranche. J'aime écouter. C'est absolument indispensable dans notre métier. Le juge qui n'écoute pas ou qui fait semblant n'est pas un juge."
Mais très lucidement, très sagement, le Bâtonnier CABASSOL s'empressera d'ajouter :
"Nous ne saurions oublier que le Juge a la police et la direction de son audience et que le droit certain de ne pas être interrompu ne peut aller jusqu'au droit de prolonger inutilement les débats."
Et voulant illustrer les nuances de son propos sur la liberté de parole de l'avocat, il rapportera cette anecdote :
"Ce n'est pas assurément vous, mes jeunes confrères, qui vous exposeriez à cette jolie leçon qu'un jeune stagiaire reçut, un jour, d'un très paternel magistrat.
L'ardent néophyte avait longuement plaidé. L'affaire étant éclaircie et le Président l'ayant interrompu pour dire son désir de voir écourter la discussion, il prit aussitôt des conclusions en donné acte de ce que la défense n'était pas libre.
"Bien volontiers ! répliqua le bon juge ,le Tribunal vous donne acte de ce que vous avez la chance d'être jeune".
Nous n'irons pas jusqu'à citer les nombreux passages, pourtant fort intéressants, de ce discours dont nous pourrions, encore aujourd'hui tirer le plus grand profit, s'agissant de règles déontologiques que nous continuons à observer.
Citons cependant ce qu'il disait à propos de la restitution des pièces par l'avocat à son client, problème que l'on rencontre si souvent à l'heure actuelle:
"Il (le dossier ) le reçoit sans en donner récépissé ni inventaire... comme il le reçoit, l'avocat rend le dossier et son affirmation de restitution suffit à sa décharge
Et, en effet, ne sommes-nous pas investis d'un dossier par la confiance seule des clients? Cette confiance qui fait qu'on dépose entre nos mains les documents doit suffire à leur restitution.
Nous recevons sans donner de reçu, nous rendons sans exiger de décharge."
Et de citer un arrêt de 1827 qui alla jusqu'à décider que l'avocat qui donne un récépissé des pièces avec engagement de les rendre, s'expose à des actions compromettantes pour son indépendance et commet, dès lors, une faute qui mérite une peine disciplinaire !
Nous passerons sur l'honoraire qu'il considère comme légitime mais dont la fixation demande à être traitée
"avec une grande délicatesse et une parfaite convenance."
Mais il nous apparaît plus intéressant, au regard des problèmes de plus en plus fréquents que l'on rencontre aujourd'hui, de savoir ce que disait, à son époque, c'est-à-dire il y un siècle, le Bâtonnier CABASSOL, des rapports des avocats avec leurs adversaires.
"L'avocat a des droits vis-à-vis de ses adversaires, des experts, des témoins. Ils se résument dans l'appréciation libre, la critique autorisée de leurs actes, de leurs attitudes, de leurs moyens...
Il est des espèces où on ne peut défendre la cause sans offenser la personne, attaquer l'injustice sans déshonorer la partie. Dans ce cas, les faits injurieux, dès qu'ils sont exempts de calomnie, sont la cause même. Une partie qui s'en plaint doit accuser le dérèglement de sa conduite plus que l'indiscrétion de l'avocat."
Mais aussitôt, le Bâtonnier CABASSOL modèrera, comme il le devait, la vivacité de son propos, en ajoutant :
"Que ce droit considérable ne soit jamais exercé par vous, mes chers confrères, sans nécessité et sans prudence... le mérite consiste à concilier la modération avec les nécessités et l'énergie de la lutte ...."
Il lui restait à parler du secret professionnel.
Pouvait-il éviter de le faire ?
Certainement pas, dans un discours consacré aux grands principes de la déontologie et alors que le secret professionnel, hier comme aujourd'hui, était, de toute évidence, le grand problème de l'avocat avec le monde extérieur.
Comme on pouvait s'y attendre, le Bâtonnier Joseph CABASSOL traitera la question avec la fermeté, la conviction et la détermination que commandait un tel sujet.
"L'avocat a mieux que le droit de se taire devant le magistrat instructeur qui lui demande des renseignements sur les faits qu'il a connus en raison de son ministère, il en a le devoir. Il est le dépositaire de secrets qui ne sont pas les siens, nulle puissance ne peut l'obliger à se départir d'un silence devant lequel toute action s'arrête."
N'oublions pas que, pendant que le Bâtonnier CABASSOL remplissait avec panache sa mission ordinale, il accomplissait d'autres missions et assumait d'autres responsabilités, dans un tout autre domaine et on ne sait laquelle de ses fonctions donnait le plus de lustre et de prestige à l'autre.
Monsieur le Bâtonnier Joseph CABASSOL qui présidait aux destinées de son barreau était également le premier magistrat de sa ville, ayant été élu maire d'AIX-EN-PROVENCE en 1902.
Il était aussi conseiller général du Département des Bouches du Rhône.
Ce qui parait le plus étonnant, c'est que cet avocat qui avait atteint les sommets de sa profession mettait, en même temps, toute son intelligence et toute son énergie au service de ses concitoyens, dans une période, on le verra, particulièrement tourmentée sur le plan politique.
Ce beau pays d'AIX où tout semblait paisible et serein et où il faisait si bon vivre était, en réalité, agité par des rivalités politiques très vives, exacerbées, sur le plan local, par de nombreuses intrigues.
N'oublions pas que l'affaire DREYFUS avait éclaté en 1894 et que la France s'était divisée en deux camps, les dreyfusards et les antidreyfusards, et que ce n'est qu'en 1906 que DREYFUS fut réintégré dans l'armée avec ses grades et fonctions.
A AIX-EN-PROVENCE, comme partout ailleurs, cette affaire, dénommée L'AFFAIRE en raison de son caractère exceptionnel, eut d'importantes répercussions, au point, dit-on, d'empêcher la réélection, comme Maire, de Benjamin ABRAM, de confession juive, qui avait été, lui aussi, Bâtonnier de l'Ordre des Avocats.
Sur toute cette période, on trouve des informations complètes dans une remarquable thèse de Doctorat d'Etat en droit, présentée en janvier 1981 par Mademoiselle ALLEGRE - PROVENCAL à la Faculté de Droit et de Sciences Politiques d'AIX, sous le titre :
"LE CHOIX DES ADMINISTRATEURS LOCAUX PAR LA POPULATION AIXOISE DE 1870 A 1970"
ouvrage mis aimablement à notre disposition par le Service des ARCHIVES MUNICIPALES.
On y apprend, notamment, qu'à l'occasion des élections municipales du 17 Octobre 1897, Me Joseph CABASSOL déclare appartenir à l'UNION REPUBLICAINE, qu'il est favorable à l'impôt sur le revenu et partisan de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
A l'occasion des élections cantonales de 1898, la presse locale (LE MEMORIAL D'AIX) met l'accent sur l'importance de ces élections :
" En raison de la situation politique générale et locale, le choix d'un conseiller général doit être l'objet d'un soin tout particulier. Il devra être un avocat plein de zèle et d'ardeur pour la défense de nos intérêts locaux. L'élection présente devra avoir un caractère véritablement politique."
Me Joseph CABASSOL est candidat à cette élection et fait équipe avec Martin BLANCHARD qui appartient au Bloc de Gauche radical-socialiste.
Leur programme politique vise à la décentralisation administrative en donnant quelque autonomie aux communes, à l'institution de Chambres d'Agriculture, à la création de laboratoires cantonaux, au développement des canaux d'irrigation, des moyens de transport et des voies de communication et au dégrèvement de la petite propriété foncière.
Me Joseph CABASSOL l'emportera largement.
Puis il s'intéressera aux élections municipales qui doivent avoir lieu à AIX le 6 mai 1900.
Le MEMORIAL D'AIX écrit le 3 mai 1900 à ce sujet :
"Après les luttes acharnées de ces dernières années, la ville d'AIX avait besoin de tranquillité, de calme et d'indépendance... il était nécessaire, impérieux, que le grand parti républicain, trop longtemps divisé par de mesquines questions de personnes, fît l'oubli complet du passé pour ne songer qu'à l'avenir de notre ville , menacée dans ses intérêts, et à l'avenir de la République."
Ces élections connaîtront un certain nombre de péripéties, émaillées d'incidents plus ou moins sérieux.
Dans un premier temps, la liste du Dr. Maurice BERTRAND de tendance conservatrice et cléricale, l'emportera.
Le Docteur BERTRAND sera, donc, élu maire, mais, peu après, l'un de ses adjoints, Anatole DAIGRE, ancien officier, sera contraint de démissionner pour avoir écrit à Emile ZOLA, partisan comme on le sait du capitaine DREYFUS, une lettre outrageante :
"Le nom que vous portez, vous l'avez avili, souillé et déshonoré à jamais... votre conduite est ignoble et méprisable. La ville d'AIX dont beaucoup de vos ouvrages reflètent le souvenir, vous renie comme citoyen d'adoption et vous envoie l'expression de tout son mépris et de son profond dégoût."
Le Conseil Municipal, issu des élections de 1900, n'aura, d'ailleurs, qu'une brève durée.
Le Dr BERTRAND est, en effet, de plus en plus contesté à la suite de manifestations violentes qui auraient pu être
"le signal d'une véritable boucherie" manifestations que l'on reprochera au Maire de n'avoir pas empêchées par des mesures appropriées.
La presse locale titrera :
"La crise municipale bat son plein"
Un vote de méfiance émis par le Conseil Municipal qui prononcera un blâme à l'encontre du maire constatera que la gestion de la ville est devenue impossible.
Les conseillers municipaux décideront de ne plus assister aux séances, si bien que la crise municipale ayant atteint son paroxysme, un décret du 5 Juillet 1902 du Président de la République Emile LOUBET prononcera la dissolution du Conseil.
De nouvelles élections sont donc organisées et deux listes, principalement, se trouveront en présence, celle de Me Joseph CABASSIOL et celle du Docteur Maurice BERTRAND, maire sortant, l'un républicain, l'autre conservateur.
La liste qui, cette fois, l'emportera sera celle de Joseph CABASSOL qui deviendra maire de la ville d'AIX en 1902 et le demeurera jusqu'en 1904, pour la période qui restait à accomplir à la suite de l'élection précédente.
Nouvelles élections, donc, en 1904.
Nouveau succès de Joseph CABASSOL qui se trouve maintenu dans ses fonctions de maire.
Mais commencent les difficultés et les affrontements sérieux, en raison des contestations soulevées par l'opposition, pour fraude électorale.
Me Joseph CABASSOL établira, en excellent juriste, un long mémoire en défense qui permettra au Conseil d'Etat de confirmer la régularité des élections et de les valider en conséquence.
Sur cette lancée, Me Joseph CABASSOL se présentera aussi aux élections cantonales et sera élu et réélu conseiller général, malgré la campagne de presse dont il sera l'objet pour avoir, appartenant au BLOC DE GAUCHE, mis l'accent sur la lutte contre le cléricalisme, ce qui aurait eu des résultats fâcheux pour le commerce aixois, à la suite de la fermeture de plusieurs pensionnats.
Nouvelles contestations sur la régularité de ces élections, parfois en termes sévères, ce qui obligea Me Joseph CABASSOL à affronter à nouveau ses adversaires.
Il le fit avec autorité et dignité et une fois encore avec succès, car tous les recours exercés furent rejetés.
C'est ainsi qu'il continuera à siéger au Conseil Général, en en devenant même le Président, jusqu'au milieu de l'année 1908 où il donnera sa démission, en rapport, d'ailleurs, avec ses difficultés de maire.
Il sera remplacé dans ses deux fonctions, celle de conseiller général et celle de maire par celui qui était, décidément, devenu son adversaire attitré, le docteur Maurice BERTRAND.
Mais momentanément !
Car, une fois encore, Me Joseph CABASSOL qui rappelons-le, avait été Bâtonnier de l'Ordre et exerçait toujours la profession d'avocat, sera élu maire de la ville d'AIX.
Mais, une fois encore, cette élection sera contestée.
Elle le sera, cette fois-ci, non sans raison puisque l'un des conseillers municipaux du nom d' Antoine GULOT, élu sur la liste CABASSOL sera condamné par le Tribunal Correctionnel d'AIX en mai 1908 à 4 mois de prison avec sursis pour fraude électorale commise alors qu'il présidait le bureau de vote de PUYRICARD, condamnation ramenée par la Cour d'Appel à 500 francs d'amende.
Les élections seront donc annulées.
Décidément cette bonne ville d'AIX s'avérait, déjà, difficile à administrer et nous savons qu'il en sera pratiquement ainsi tout au long de son histoire, jusqu'à nos jours encore.
Joseph CABASSOL allait-il abandonner la partie ?
On aurait pu le penser en considérant les obligations professionnelles qui pesaient encore sur le Bâtonnier Joseph CABASSOL.
Maire en 1902, puis en 1904 et en 1908, chaque fois par une élection contestée, il semble que le découragement se soit emparé de lui après l'annulation de sa dernière élection.
Il décidera donc d'abandonner toutes ses fonctions, même celles de Conseiller Général en s'en expliquant dans des termes amers et désabusés :
".... puisqu'il est désormais impossible à AIX d'exposer son temps, sa tranquillité, ses intérêts personnels dans les luttes électorales, sans avoir la sécurité des résultats loyalement acquis, je me hâte de rentrer définitivement dans le rang et je vous envoie ma démission de Conseiller Général. J'espère que mes adversaires politiques me feront l'honneur de s'en réjouir et mes amis, celui d'en avoir quelques regrets et d'aucuns, peut-être, quelques remords."
Cette démission sera suivie, par solidarité, de celle de tous les conseillers municipaux de la liste CABASSOL, dans une lettre collective adressée au Préfet des Bouches-du-Rhône :
"...le jour où le chef estimé de la municipalité, notre ami Maître CABASSOL vous adressa, dans une pensée de protestation et un sentiment d'écœurement profond, sa démission de conseiller général, nous n'aurions pas hésité, en raison même de la solidarité affectueuse qui nous a toujours unis, à le suivre dans sa retraite… Abandonnés par l'Administration, combattu par nos élus à la Chambre et au Conseil Général, nous estimons qu'il est de notre dignité et de l'intérêt d'une calme et utile administration des affaires communales, que nous résilions notre mandat, sans attendre la décision du Conseil d'Etat, saisi de notre pourvoi…"
Il fallut donc, un décret que dût prendre, le 5 novembre 1908, le Président de la République, M. Armand FALLIERES, pour l'institution d'une délégation spéciale en attendant de nouvelles élections.
Celles-ci eurent lieu et virent, pour la troisième fois le Dr BERTRAND ceindre l'écharpe de maire.
Ces allers-retours incessants allaient-ils mettre fin à la vie publique de Joseph CABASSOL ?
La question se posa certainement à lui, mais la réponse fut encore la même.
On ne sait si ce fut par ambition personnelle ou par dévouement envers ses concitoyens, Joseph CABASSOL, que certains auraient cru découragé, voire écœuré par ses précédentes expériences, décida de se présenter aux élections cantonales de juillet 1910.
Et il fut à nouveau élu, dès le premier tour de scrutin, sous l'étiquette de républicain progressiste de gauche, tandis que le Docteur BERTRAND, son éternel rival, était lui-même élu maire pour la quatrième fois.
Mais là s'arrêtera la carrière politique de Joseph CABASSOL.
La guerre de 1914-1918 mit un frein à toutes les rivalités politiques et locales et surtout un deuil cruel le frappa, l'un de ses fils, JEAN CABASSOL, étant tombé au champ d'honneur en 1917.
Il semble que ce deuil douloureux ait été déterminant dans sa décision de reconsidérer entièrement sa vie professionnelle.
Il accepta la proposition qui lui fut faite d'entrer dans la magistrature et devint Président de Chambre à la Cour d'Appel d'AIX en 1917, avant même la fin de la guerre.
Ainsi après 37 années d'exercice de la profession d'avocat, après une vie publique tumultueuse, Joseph CABASSOL avait décidé de passer de la barre au siège.
De même qu'il avait été un avocat prestigieux, honoré et estimé unanimement, il devint un magistrat consciencieux, pourvu d'une solide expérience, écouté et apprécié de tous.
Sa réputation de grand magistrat ne pouvait que le conduire au sommet de la hiérarchie.
Il fut donc nommé Premier Président de la Cour d'Appel en 1927.
Nous aurions pu chercher dans les archives de la Cour d'Appel ou dans les ARCHIVES DEPARTEMENTALES la trace de la carrière judiciaire du Président puis du Premier Président Joseph CABASSOL.
Nous y aurions, certainement, trouvé les sages décisions rendues par lui et l'influence qu'il a dû exercer sur le cours de la justice dans le ressort extrêmement étendu de la Cour d'Appel d'AIX.
Mais cela ressortirait plutôt d'une étude sur la magistrature de son époque, que nous laissons le soin à d'autres que nous-mêmes d'entreprendre.
Il nous faut nous pencher maintenant sur d'autres aspects de la personnalité, si attachante, de Joseph CABASSOL.
Il n'est pas possible d'oublier que si Joseph CABASSOL fut un grand avocat, un homme public apprécié, un haut magistrat estimé, il le devait, sans doute, non seulement à ses qualités personnelles, mais aussi à sa curiosité naturelle, à son inappréciable culture, à son ouverture d'esprit, à son humanisme, à son goût pour la poésie et l'histoire, notamment celle de la ville d'AIX, de la justice provençale et de son prestigieux Parlement.
En 1919, paraissait, sous sa signature une remarquable étude, éditée par A. DRAGON, libraire-éditeur, sous le titre :
"LE PARLEMENT DE PROVENCE, DEFENSEUR DES DROITS ET DES TRADITIONS DE LA PROVENCE"
où le Bâtonnier CABASSOL, devenu le Président CABASSOL, s'appliquera, non sans humour, à démentir le fameux dicton provençal, remontant au XVIème siècle, selon lequel :
LE MISTRAL, LE PARLEMENT ET LA DURANCE
SONT LES TROIS FLEAUX DE LA PROVENCE
dicton qui, selon lui, reposait sur une triple injustice.
L'ACADEMIE DES SCIENCES, AGRICULTURE, ARTS ET BELLES LETTRES d'AIX-EN-PROVENCE ne pouvait manquer de l'accueillir dans ses rangs.
Il fut d'abord nommé membre d'honneur de cette Académie dès 1906, puis membre titulaire en 1912, au siège du Dr AUDE dont il prononça l'éloge dans son discours de réception.
Cette réception fut l'occasion d'une grande fête à l'HOTEL d'ARBAUD, siège de l'ACADEMIE où se pressait un très nombreux public.
Au discours de réception succéda la réponse du Président BONNECORSE :
"...le geste par lequel vous avez demandé dans nos rangs une place plus active est de ceux qui honorent profondément une compagnie ; vous n'avez pas voulu d'un honneur qui ne comporte aucune charge…"
Et, faisant allusion aux fonctions de maire qu'il avait exercées, le Président BONNECORSE ajouta :
"On ne fait pas de politique à l'ACADEMIE ; nous ne saurions oublier, cependant, que lorsque vous avez été placé à la tête de la cité, vous n'avez rien négligé pour en accroître le renom."
L'œuvre de Joseph CABASSOL, au sein de l'ACADEMIE, est rapportée dans l'excellent ouvrage écrit par Maurice GONTARD sous le titre
"HISTOIRE DE L'ACADEMIE D'AIX de 1808 à 1939" (Publications de l'Université de Provence).
On y relève l'empreinte qu'il y laissa par ses nombreux travaux et communications.
Mais revenons à l'homme de loi, au brillant juriste, à l'ancien Bâtonnier du Barreau d'AIX, au magistrat éminent de la Cour d'Appel.
Bien qu'ayant quitté, en 1917, le Barreau pour la Magistrature, Joseph CABASSOL ne rompit jamais ses liens avec ses anciens confrères.
Ces derniers continuèrent à l'associer à toutes leurs manifestations comme s'il n'avait jamais cessé de faire partie de l'Ordre auquel il donnait l'impression à tous d'appartenir encore.
C’est ainsi qu’il déclina l’offre qui lui fut faite par le Bâtonnier, lorsqu’il fut, en 1927, nommé Premier Président de la Cour d’APPEL, de célébrer cette nomination par un banquet spécial organisé en son honneur, et demanda simplement de participer au banquet annuel et traditionnel du barreau, au milieu de tous ses anciens confrères.
Joseph CABASSOL connaissait bien ces banquets auxquels il avait participé pendant tant d’années et qu’il avait présidés pendant les deux années de son bâtonnat.
Ce fut donc le 4 Juillet 1927.
Le premier Président Joseph CABASSOL fut accueilli avec enthousiasme et simplicité.
Le Bâtonnier qui présidait ce banquet était le Bâtonnier GABRIEL-ARNAUD, autre grande figure du barreau aixois.
Il salua la présence de son ancien confrère en ce qu’elle avait d’élégant, de délicat et de flatteur pour le barreau, touché par la fidélité du souvenir et de l’attachement qu’elle traduisait.
Bien sûr, la belle et éclatante carrière d’avocat et désormais du premier président Joseph CABASSOL, ne pouvait manquer d’être évoquée.
Le Bâtonnier GABRIEL-ARNAUD le fit avec ferveur.
"Je vous vois, encore, sous la robe noire qui vous seyait à merveille, aussi bien que la robe rouge, passer indifféremment de la barre civile à la barre criminelle."
"Je vous entend discuter avec clarté les pires complexités, en animant le plus aride des procès, comme résonnent encore à mes oreilles, les accents vibrants qui, ailleurs, déchaînaient l’émotion et la pitié…"
"Vous auriez été ingrat si, avec les succès qu’elle vous a donnés, vous n’aviez pas aimé notre profession.
"Vous l’avez aimée; vous l’aimez encore."
Puis, après avoir évoqué les qualités d’avocat que le premier président CABASSOL mettait, désormais, au service de la justice, le Bâtonnier GABRIEL-ARNAUD poursuivit son discours, à l’intention de ses confrères, jeunes et anciens, dans la bonne et simple tradition des banquets de l’Ordre.
Ce fut, bien sûr, au tour du premier président CABASSOL de s’adresser à ses anciens confrères pour les remercier de l’avoir accueilli comme l’un des leurs, dans un esprit chaleureux et fraternel :
"Permettez-moi, comme à un vieux bâtonnier de vous donner un conseil. Vous êtes avocat, restez avocats ! Il n’est pas de profession plus belle, grâce au respect des traditions, à son esprit de corps qui est le sel conservateur des associations, à son indépendance énergique et courtoise.
"…Venez, donc, affirmer mieux chaque jour devant cette grande Cour d’AIX, héritière des Parlements, votre foi dans la défense du droit… Vous y trouverez un vieux confrère, toujours heureux de vous accueillir avec bienveillance, avec affection…”
"Merci, mes chers confrères de votre réception chaleureuse… l’heure que je viens de vivre restera, dans mes souvenirs à jamais inoubliée…
Malheureusement, la nomination de Joseph CABASSOL comme premier président de la Cour d’Appel d’AIX précéda de peu sa disparition.
Il s’éteignit, en effet, moins d’une année plus tard, le 25 mai 1928, à l’âge de 69 ans.
Ses obsèques furent l’occasion pour le barreau d’exprimer la grande tristesse qu’il éprouvait à la disparition de celui qu’il considérait toujours comme l’un des siens.
Un seul discours fut d’ailleurs prononcé, celui du Bâtonnier de l’Ordre, le Bâtonnier FASSIN, conformément au vœu de la famille du défunt et malgré le souhait que celui-ci avait exprimé qu’il n’y eut aucun discours.
Un petit incident se produisit cependant, au cours de la cérémonie, à propos du rang réservé, dans le cortège, à la délégation du Conseil de l’Ordre.
Cette délégation qui était en robe fut placée en effet, non pas derrière les magistrats de la Cour, eux-mêmes en robe, ce qui aurait été conforme aux usages protocolaires, mais derrière tous les autres magistrats du ressort, lesquels n’étaient pas eux-mêmes vêtus de leurs robes.
Cela parut être une grave entorse aux règles traditionnelles de préséance et une intervention dût être faite auprès du Conseiller maître des cérémonies qui, corrigeant l’erreur qui venait d’être commise, rendit, lors de l’office religieux à l’Eglise SAINT-JEAN de MALTE, la place qui revenait au barreau, soit immédiatement derrière les magistrats de la Cour.
Petit incident, certes, mais dont l’importance ne doit pas être négligée, le barreau ayant toujours eu le souci de préserver son statut et son rang, estimant qu’il y allait de sa dignité et du respect qui lui était dû.
Le discours du Bâtonnier FASSIN fut extrêmement chaleureux et émouvant.
Après avoir justifié l’hommage que le Barreau se devait de rendre à la voix qui venait de s’éteindre, il ajouta :
"… elle a été cette voix, pendant plus d’un tiers de siècle, une de celles qui ont porté, bien au-delà des frontières de notre ressort, la renommée de notre Barreau. Dès son stage, notre grand confrère s’était imposé… Ses débuts permettaient de lui prédire, soit une brillante carrière d’avocat soit une ascension rapide dans la magistrature… Il eut à la fois l’une et l’autre…"
Il faudrait pouvoir reproduire la totalité de ce discours si vibrant, si enflammé dans l’hommage rendu, avec cette emphase, cet enthousiasme dans le propos et dans l’éloge, qui devaient caractériser les discours de l’époque, en y ajoutant la chaleur toute méridionale qui les accompagnait.
Prenons-en quelques extraits encore ; ils nous permettront, à l’ultime moment, de mieux connaître la personnalité de Joseph CABASSOL telle que la considéraient ses contemporains, ses amis, ses confrères :
"… la facilité fut avec la bonté et la grâce souriante parmi tant de qualités dont la nature l’avait comblé, sa caractéristique maîtresse…"
"Chez lui, tout était élégance, sans apprêt et sans travail apparent."
"La phrase coulait, limpide, aisée, nuancée et sonore sans que jamais on sentît la recherche ou l’hésitation ; le mot juste arrivait toujours à point nommé sur ses lèvres ou sous sa plume, car il écrivait aussi splendidement qu’il parlait et les quelques plaquettes qu’il a trouvé le temps de composer –on se demande quand au cours d’une existence si remplie– sont de purs chefs-d’œuvre…"
L’éloge funèbre se poursuivra, toujours aussi chaleureux, toujours aussi fraternel, tant de la personne privée que de l’homme public :
"… Pour ce maître de l’éloquence, entre la destinée et lui, ce fut un perpétuel échange de bonnes grâces; elle ne sut rien lui refuser et ne laissa injustifiée aucune de ses faveurs."
"Après les lauriers du stage, ceux de la barre, après les succès de la barre, le Bâtonnat; après le Bâtonnat, une présidence de chambre à la Cour et, finalement, le couronnement qui convenait à une si brillante carrière, la plus haute magistrature de notre grand ressort judiciaire qui, des cimes neigeuses des Alpes, s’étend par delà la Méditerranée jusqu’aux confins brûlants de la Mer Rouge, jusqu’aux Echelles du Levant …"
"Comme avocat, il a été la personnification, l’incarnation de l’éloquence méridionale, cette éloquence sonore comme notre mistral, colorée, vibrante, claironnante, qui semble sonner la charge de position à conquérir et qui indifféremment et toujours, avec le même irrésistible élan, sait émouvoir les masses électorales, gagner le cœur des jurés ou celui, plus difficile à atteindre, parce que plus haut placé, du magistrat."
Mais la fin de ce beau discours mérite, encore plus, d’être citée car elle fut, au sens premier du terme, une véritable envolée vers les sommets d’un dernier hommage :
"Comme homme, enfin, il fut pour notre cité un de ses fils dont elle a le plus de titre à s’enorgueillir, un de ceux dont on peut dire qu’ils laisseront après eux, une traînée de lumière, comparable dans le monde de la pensée, à celle dont certains astres splendides mais fugaces, illuminent, longtemps encore après leur passage, la voûte étoilée…"
L’hommage rendu par l’ACADEMIE fut plus sobre et plus dépouillé, mais aussi vibrant :
"En mai 1928, disparaissait, à l’âge de 69 ans, un des hommes les plus éminents de la société aixoise et de l’Académie, le Secrétaire Perpétuel CABASSOL. La séance du 29 mai fut levée en signe de deuil. Le Président JOURDAN lui rendit hommage dans la séance publique du 14 juin. Il, était, dit-il, "la personnification la plus accomplie de cette race d’hommes au goût affiné, aux idées élevées, épris d’art, de science et de justice… alliant à la fermeté de leurs convictions une grande tolérance de jugement et une politesse exquise, qui ont dessiné cette ville, façonné l’esprit de ses habitants, organisé ses institutions et assuré à ce bel ensemble, harmonieux et plein de charme, la réputation justifiée dont il jouit ".
Le nom de Joseph CABASSOL fut honoré par la Ville d’AIX qui le donna à l’une de ses rues, l’une de celles débouchant sur le Cours Mirabeau.
Joseph CABASSOL ne disparut pas sans laisser un successeur. Celui-ci,
le Bâtonnier Gabriel CABASSOL, dont la carrière d’avocat fut digne de celle de son père, fut, à son tour, l’une des grandes figures du Barreau d’AIX à qui il consacra son existence et à sa carrière professionnelle, devenant, bien après son bâtonnat et pendant de longues années, le Doyen respecté de l’Ordre.
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