Vous êtes ici : Accueil > Le Barreau > Historique > LES GRANDES FIGURES DU BARREAU D’AIX-EN-PROVENCE : LE BÂTONNIER ALFRED JAUFFRET

Le Barreau

Historique

Chronique du temps passé ..ou Histoires du Barreau d'Aix en Provence par Monsieur le Bâtonnier Charles COHEN.
Voici la liste des Chroniques disponibles - Cliquez sur le titre d'une Chronique pour lire l'article complet

Chronique n°28 > LES GRANDES FIGURES DU BARREAU D’AIX-EN-PROVENCE : LE BÂTONNIER ALFRED JAUFFRET

Les carrières exceptionnelles pour des avocats sont chose rare. Il en est de fulgurantes, dues à des talents incomparables mais qui ne sont que des éclairs, aussitôt apparus, aussitôt disparus. Il en est d’autres qui laissent un long sillage, continu, harmonieux, paisible et rassurant.
Telle fut, sans aucun doute, la carrière du Bâtonnier Alfred JAUFFRET qui fut avocat pendant une très longue période puisqu’elle ne dura pas moins de 63 ans.

Né à MARSEILLE, le 17 décembre 1864, sous le Second Empire, devenu avocat en 1887, il acheva sa carrière en 1950, alors qu’il était depuis longtemps, on s’en serait douté, le Doyen de son ORDRE.

On peut dire que dès sa naissance ou presque, le Bâtonnier JAUFFRET battit un premier record, celui de faire partie d’une famille de treize enfants.

Disons plutôt, afin que justice leur soit rendue, que ce record fut battu par ses parents.

Son père, Vincent JAUFFRET, appartenait à une très vieille famille implantée à COUDOUX, non loin d‘AIX-EN-PROVENCE, depuis le 16ème siècle.

Sa mère, née Marie-Thérèse Eugénie PUGET, était la fille de Wulfram PUGET, négociant et armateur qui avait été Président de la Chambre de Commerce de MARSEILLE et que la ville avait honoré en donnant son nom à l’une de ses rues, la rue Wulfram PUGET.

Si le père du Bâtonnier JAUFFRET commença sa vie active en exploitant une fabrique de savon, bien entendu à Marseille, il décida d’abandonner cette activité pour se consacrer uniquement à l’agriculture afin de mieux exploiter les domaines qu’il possédait tant à COUDOUX, qu’à PONT-ROYAL et à BERRE.

Cette activité lui avait valu d’être nommé vice-président de la SOCIETE DEPARTEMENTALE d’AGRICULTURE en 1882.

Auteur de nombreuses communications sur la viticulture et l’oléiculture, il avait joué un rôle important dans la lutte contre le phylloxera et pour la reconstitution du vignoble.

Ce très rapide rappel concernant la famille du Bâtonnier JAUFFRET permet de mieux connaître le milieu dans lequel il fut élevé et qui le poussa, sans doute, parmi ses très nombreux frères et sœurs, à choisir plutôt que l’agriculture, la voie des études de droit.

Après des études secondaires brillantes notamment au Collège Catholique d’AIX et au Collège SAINT-IGNACE à MARSEILLE, qui lui valurent, en 1883, d’être Bachelier ès lettres (diplôme signé par Jules FERRY, ministre de l’Instruction Publique ), il entreprit de faire son droit d’abord à la Faculté Catholique de LYON puis à la Faculté Libre de Droit à MARSEILLE, obtenant son diplôme de licencié en droit en 1886.

Il avait, évidemment, décidé de devenir avocat et ne tarda pas à l’être puisque ayant choisi de commencer sa carrière à PARIS, il s’inscrivit au Barreau de la capitale en janvier 1887, date de sa prestation de serment et y demeura jusqu’en 1894, non sans avoir auparavant été nommé Secrétaire de la Conférence des Avocats, titre combien prestigieux pour un jeune avocat.

Mais la Provence l’appelait irrésistiblement et c’est tout naturellement qu’il s’inscrivit au Barreau d’AIX-EN-PROVENCE en 1894, pour ne le quitter que 56 ans plus tard, en 1950, après 63 ans de carrière professionnelle.

Que fut cette si longue carrière ?

Nous avons déjà dit que le Bâtonnier Alfred JAUFFRET semblait faire partie de ces avocats, les plus nombreux, qui sans se signaler par des coups d’éclat retentissants, sans être ce que l’on appelle communément des « ténors » du Barreau, titre ronflant qui couvre souvent des réputations usurpées, conduisaient discrètement des carrières riches d’expériences en défendant les vraies valeurs de la profession.

Il y avait fait, d’ailleurs, allusion dans l’un de ses discours de Conférence du stage à l’intention des jeunes avocats de son Barreau :

« Nous ne pouvons tous nous flatter d’ajouter, même de façon modeste, à l’éclat de notre cher Barreau Aixois. Mais tous du moins, par la conscience dépensée dans l’accomplissement de nos devoirs, par la dignité et la correction de notre vie professionnelle, nous pouvons contribuer à maintenir sa vieille et bonne renommée… ».

Vingt six ans après sa prestation de serment, à l’âge de quarante sept ans, Alfred JAUFFRET vit ses mérites et ses qualités consacrés par son élection au Bâtonnat et devint le Bâtonnier Alfred JAUFFRET.

C’était en 1911, le six juillet !

On ne pressentait pas encore les années sombres qui arrivaient.

Elu pour l’année judiciaire 1911-1912, réélu pour l’année judiciaire 1912-1913, il passa le relais, sa mission accomplie après deux années bien remplies de bâtonnat, à son successeur le Bâtonnier BAGARRY, élu le 3 juillet 1913, pour l’année judiciaire 1913-1914.

Le Bâtonnier Alfred JAUFFRET aurait pu penser qu’il entrerait paisiblement dans le rang, très convoité, des anciens Bâtonniers ,ayant suffisamment payé de sa personne à la tête de l’Ordre.

Il ignorait alors que la guerre éclaterait l’année suivante qui, entraînant la mobilisation du Bâtonnier BAGARRY, l’obligerait à le remplacer, avec la qualité de Bâtonnier par intérim, pendant toute la période des hostilités, soit pendant quatre nouvelles années.

On peut donc dire qu’Alfred JAUFFRET fut Bâtonnier pendant six longues années, nouveau record de longévité qui fut, cependant, égalé, deux décennies à peine plus tard, par le Bâtonnier CLERICO qui avait été élu à la veille de la guerre de 1939-45 et qui le demeura jusqu’à la fin de celle-ci.

On peut facilement imaginer combien de difficultés, de drames, de situations douloureuses le Bâtonnier JAUFFRET eut à affronter pendant toute la période des hostilités : avocats mobilisés, cabinets abandonnés, disparitions tragiques, familles en détresse…

Le Barreau d’AIX eut à déplorer la disparition de trois des siens, morts pour la France : le tout jeune François JOURDAN, frère du Bâtonnier Alfred JOURDAN, Georges CHAVERNAC, Jules JEANBERNAT.

Nous n’avons, dans les archives de l’Ordre, que des traces très discrètes de ce que furent les années de bâtonnat d’Alfred JAUFFRET.

Quelques discours subsistent, prononcés par lui avant la guerre, dans le cadre des Conférences du Stage.

Ils nous permettent, dans une certaine mesure, de mieux comprendre sa personnalité et notamment la conception qu’il se faisait de la profession d’avocat.

Dans l’un d’eux, prononcé le 1er mars 1912, il se penche sur les contraintes que représente l’assistance judiciaire pour les jeunes avocats stagiaires qui, rappelons-le, ne recevaient à l’époque (jusque d’ailleurs une époque relativement récente) aucune rémunération, pas même de leurs maîtres de stage.

Les paroles de réconfort, assorties d’un certain humour, du Bâtonnier Alfred JAUFFRET méritent d’être rapportées :

« L’assistance judiciaire qui s’accordait si libéralement déjà, a été rendue plus accessible encore ; des lois nouvelles ont créé tout une catégorie de plaideurs pour qui l’assistance est de droit.

«Le Parlement en votant ces lois n’a pas cru nécessaire de se préoccuper d’allouer aux avocats ainsi mis à contribution, une rémunération quelconque. Nos législateurs sont partisans du mandat gratuit… pour nous. Remercions leur désintéressement d’escompter si flatteusement le nôtre.

« … Il me plaît d’avoir à redire que nos jeunes confrères ont tenu tête, avec une bonne volonté et une ardeur inlassable, à ces besognes souvent ingrates. Chaque commission a toujours été accomplie ponctuellement ; aucun avocat d’office n’a manqué à l’appel devant aucune juridiction et chose plus admirable encore, aucun plaideur ne s’est plaint de son avocat… Réussir à satisfaire même un client d’assistance judiciaire ! Quel zèle et quel talent ne faut-il pas déployer ! ».

C’est dans le même discours, toujours à l’intention des jeunes avocats, que le Bâtonnier Alfred JAUFFRET posera la question de savoir quelle est la qualité professionnelle qui, pour un avocat résume toutes les autres, la qualité primordiale, essentielle qui se suffit presque à elle-même, qui est pour l’avocat plus qu’une qualité, qui est sa raison d’être.

Il répondra : c’est LA CLARTE !

« LA CLARTE ! sans elle l’avocat même le plus disert est inexistant; avec elle l’avocat n’est jamais médiocre. Notre but, notre fonction, c’est d’éclairer le juge, de lui permettre d’y voir net, de distinguer le vrai du faux, le bon grain de l’ivraie. C’est par la clarté seule que nous pouvons remplir pleinement notre mission. Modifiant une formule célèbre, n’hésitons pas à dire que la clarté, c’est la probité de la plaidoirie.

Soyons clairs par notre élocution et notre langue; soyons clairs par l’ordre même et le développement logique de notre argumentation. Soyons clairs par l’aversion de toute digression inutile et si à la clarté proprement dite, nous savons aussi ajouter la concision, nous aurons atteint la perfection du genre et le magistrat reconnaissant nous bénira ! »

La clarté, ou du moins la lumière, le Bâtonnier Alfred JAUFFRET en fut privé un soir, à un moment important de sa carrière professionnelle, précisément le soir où devait lui être remis les insignes de la LEGION D’HONNEUR.

Cette cérémonie s’était déroulée à la Bibliothèque de l’Ordre, en 1949, et l’on raconte qu’au moment où, récipiendaire, il prenait la parole, une panne de courant intervint, plongeant l’assistance dans l’obscurité.

C’est dans le noir que le Bâtonnier JAUFFRET dut parler.

Me Paul JOURDAN qui assistait à cette cérémonie rapporte :

« Sa voix était marquée par l’âge mais la pensée était claire, merveilleuse de rigueur. Il nous dit ce qu’était pour lui la profession d’avocat ».

Ce qui prouve que la clarté ne dépend pas nécessairement de la lumière !

Le Bâtonnier JAUFFRET, quand il en avait la possibilité et que l’occasion, comme Bâtonnier, lui était offerte de s’adresser à ses jeunes confrères, se plaisait encore à s’attarder sur sa conception de la plaidoirie, comparant « l’exubérance un peu pompeuse »“qui marquait celles de ses anciens, avec la simplicité qui s’imposait désormais.

C’est ainsi que, dans un autre de ses discours, il soulignait :

« Notre idéal de l’éloquence s’est modifié ; nous préférons une vérité plus simplement présentée. Sommes-nous dans le vrai ? C’est fort possible, mais ne l’affirmons pas avec trop d’assurance.

En art comme en éloquence, comme en toutes choses d’ailleurs, chaque époque s’est dite en progrès et a cru avoir trouvé la formule définitive. Mais la génération suivante lui en a donné le démenti. »

Et le Bâtonnier JAUFFRET d’ajouter :

« Comment plaidera-t-on dans cinquante ans ? Nous l’ignorons ! Une seule chose est sûre, c’est qu’on plaidera ! »

Il ne se trompait pas, le Bâtonnier JAUFFRET.

Ce discours, il l’avait prononcé le 30 avril 1913.

Presque un siècle plus tard, la plaidoirie demeure, en revêtant peut-être une forme différente mais les avocats n’y ont pas renoncé et n’y ont jamais renoncé malgré tous les obstacles.

Une seule chose est sûre, donc, c’est qu’on plaidera et qu’on continuera à plaider.

Bien sûr et surtout au pénal, mais aussi, cela se doit, dans les affaires d’autre nature, tant du moins que les avocats exerceront dans un pays libre.

Partisan de la CLARTE, de la CONCISION et de la SIMPLICITE dans la plaidoirie, comment le Bâtonnier JAUFFRET était-il vu, à cet égard, par ses contemporains et notamment les magistrats devant lesquels, précisément, il était conduit à s’exprimer.

Nous avons eu connaissance d’une lettre adressée par un magistrat, le Président FATOU, au fils du Bâtonnier JAUFFRET, le Professeur de Droit Alfred JAUFFRET, dont nous aurons l’occasion de reparler, lettre qui évoquait le souvenir de son père disparu :

« En reclassant mes papiers, disait cette lettre, j’ai retrouvé un croquis que j’avais pris de M. le Bâtonnier. C’est avec beaucoup d’admiration que j’évoque son souvenir. Parmi tant de maîtres du barreau entendus au cours de ma carrière, il est un de ceux dont j’appréciais le plus la logique implacable, l’élégance de la forme et la finesse d’argumentation. Il était si malin que le magistrat se devait d’être un peu sur ses gardes pour ne pas le suivre toujours dans ses conclusions. »

Eloge, sans aucun doute, mais éloge un peu nuancé traduisant la méfiance d’un magistrat à l’égard d’un avocat dont le talent et la force de conviction l’impressionnent et qui s’efforce de maîtriser l’élan favorable qu’il éprouve envers lui… tout en en faisant le croquis qui lui permet, peut-être, de concentrer son attention sur la plaidoirie mais aussi sur le maître du barreau qui la prononce devant lui.

La longévité du Bâtonnier Alfred JAUFFRET à la tête de l’Ordre le conduira, entre de multiples interventions protocolaires, à adopter des positions vigoureuses en faveur de confrères mis en péril par les événements.

C’est ainsi qu’il se chargera d’élever une protestation indignée contre la déportation en Allemagne de Me THEODOR, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de BRUXELLES, en assurant la Fédération des Avocats Belges de la solidarité et de la sympathie du Barreau d’AIX-EN-PROVENCE. (Délibération du 20 Octobre 1915)

Il se préoccupera, également, de faire assurer la défense des sujets des nations ennemies dans le cas où ils seraient poursuivis, ayant à cœur de leur trouver un défenseur, dans un climat tendu.

Il interviendra encore, en apprenant que Me CLERICO, avocat du Barreau d’AIX, alors sous-lieutenant au 111ème Régiment de ligne avait été fait prisonnier le 20 MARS 1916 et avait été transféré dans la forteresse de SPANDAU, sous prétexte de représailles, mis en cellule et soumis au régime le plus rigoureux.

Rappelons que c’est dans cette même forteresse de SPANDAU que furent enfermés, bien plus tard, en 1946, les criminels de guerre allemands condamnés à la réclusion perpétuelle par le Tribunal de NUREMBERG.

La protestation du Bâtonnier JAUFFRET fut transmise par l’intermédiaire de Sa Majesté le Roi d’Espagne et le Ministre des Affaires Etrangère de ce pays, tandis qu’un message de soutien et de profonde sympathie était adressé à Me CLERICO de la part du Bâtonnier et de son Conseil de l’Ordre.

Rappelons, ainsi que nous l’avons déjà dit, que Me CLERICO sera élu Bâtonnier en 1939 et qu’il le restera jusqu’en 1945, tenant ainsi, à la tête de l’Ordre, la place qu’avait tenue le Bâtonnier JAUFFRET vingt et quelques années auparavant.

Déchargé de ses responsabilités de Bâtonnier, Alfred JAUFFRET continuera à mener avec sérieux, dignité et discrétion sa très longue carrière d’avocat, lorsque l’on s’avisa qu’il en était arrivé à son cinquantième anniversaire d’exercice professionnel, ce que l’on appelait aussi le jubilé professionnel ou même les noces d’or de l’avocat avec son barreau.

Ce fut, bien sûr, l’occasion d’une cérémonie chaleureuse et touchante, comme toujours pleine d’évocations, de souvenirs et d’émotions qui eut lieu en janvier 1937.

Ce fut, encore, douze ans plus tard, comme nous l’avons déjà rappelé, la remise d’une décoration qu’on avait oublié de lui décerner, ce qui avait déterminé le Bâtonnier MAGNIN, Bâtonnier en exercice à l’époque (c’était en 1949 ), d’adresser une lettre impatiente au Garde des Sceaux, par l’intermédiaire des chefs de Cour, en faveur de celui qui était devenu depuis quelques années le Doyen de son Ordre.

Citons le très bref résumé que fait cette lettre, en date du 29 mars 1949, de la carrière du Bâtonnier JAUFFRET et de sa personnalité :

« Avocat de très grand talent et d’une conscience professionnelle poussée jusqu’à la perfection,… M. le Bâtonnier JAUFFRET… illustre … notre Barreau d’un grand éclat par .... son attachement à notre idéal professionnel. Il réalise la conception la plus noble de l’avocat…

Bâtonnier de l’Ordre de 1911 à 1913, il a encore exercé cette fonction pendant la guerre de 1914-1918 et c’est avec une véritable maîtrise qu’il a assuré la tâche délicate qui a été, alors, la sienne.

Il a concouru à la création de toutes les œuvres de prévoyance et de solidarité de l’Association Nationale à laquelle il a adhéré l’un des premiers.

A Aix il a été l’un des animateurs de la Caisse des Veuves et Orphelins que notre Barreau a instituée.

Enfin, à la Faculté de Droit, dans une chaire de droit pratique, il a prodigué généreusement son art et sa science au profit des jeunes avocats et des jeunes magistrats.

L’Ordre tout entier se réjouirait de la nomination de son Doyen au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur. »

Mais l’heure de la retraite n’était plus très loin, malgré tout le désir que pouvait avoir le Bâtonnier JAUFFRET de demeurer inscrit à son cher Barreau.

Appliquant la formule selon laquelle il vaut mieux quitter soi-même la profession avant que la profession ne vous quitte, le Bâtonnier JAUFFRET finit donc par demander son admission à l’honorariat ce qui lui fut, évidemment, aussitôt concédé par décision du Conseil de l’Ordre du 22 février 1950, sur la constatation qu’il avait consacré soixante trois ans de son existence à son activité professionnelle.

Mais nous n’avons pas encore parlé d’une autre activité à laquelle le Bâtonnier Alfred JAUFFRET s’était également consacré et qu’il menait, parallèlement à l’exercice de sa profession.

Ouvrons une petite parenthèse à ce sujet.

Tout avocat a –ou devrait avoir– ce que l’on pourrait appeler un violon d’Ingres, à l’instar du peintre qui se délassait en jouant du violon, afin d’échapper autant que possible aux contraintes et aux angoisses du difficile métier qu’il exerce, et ne pas tomber dans la routine qui parfois le menace.

Combien d’avocats sont en même temps poètes ou écrivains, auteurs dramatiques ou musiciens, voire peintres ou sculpteurs, se livrant à des activités culturelles ou artistiques dans lesquelles il leur arrive d’exceller.

D’autres, ayant des préoccupations plus terre-à-terre, mais non moins honorables, se contentent, notamment dans notre région, de rester attachés à des exploitations agricoles, le plus souvent familiales, auxquelles ils donneront une partie de leur temps.

Nombreux ont été ou sont encore ces avocats provençaux assurant la double fonction d’avocat et d’exploitant agricole.

CINCINNATUS n’était-il pas à la fois paysan, soldat et homme d’Etat ?

Le Bâtonnier Alfred JAUFFRET fut donc un avocat au plein sens du terme et aussi un « gentleman farmer » puisque ayant recueilli dans la succession de son père une propriété à PONT-ROYAL, il en assura directement l’exploitation pendant quarante années.

Ce qui ne l’empêcha pas d’assumer des responsabilités familiales, puisque marié à Jeanne MICHEL, il eut deux enfants, quatre petits-enfants et dix arrière-petits-enfants.

Nous avons parlé déjà de l’un de ses enfants, le Professeur de Droit Alfred JAUFFRET, aujourd’hui décédé, qui fut également avocat avant d’être un professeur de droit réputé et redouté de ses étudiants qui, pourtant, l’aimaient bien.

Il n’est que de lire, à son sujet, les anecdotes racontées avec un humour pétillant, par le Bâtonnier GONTIER dans un livre de souvenirs, combien riche et précieux.

Peut-être l’occasion nous sera-t-elle donnée d’évoquer plus longuement la mémoire du Professeur Alfred JAUFFRET qui fut le continuateur d’une longue tradition familiale dont nous venons de fournir l’illustration en évoquant, trop brièvement hélas, la vie et la carrière de son père, le Bâtonnier Alfred JAUFFRET.

Celui-ci qui s’était donc retiré de la vie professionnelle active, en 1950, à l’âge respectable de quatre vingt six ans, s’éteignit paisiblement, entouré des siens, en1957, à l’âge de quatre vingt treize ans.

Il fut l’exemple de ces avocats, les plus nombreux, qui n’ayant pas, en raison de leur discrétion et de leur modestie, laissé leur nom à l’histoire de leur Barreau, l’ont cependant illustré et ont permis de lui donner l’éclat et la réputation d’un grand barreau.

C’est bien ce que disait le Bâtonnier Alfred JAUFFRET dans l’un de ses discours :

« Le Parlement de Provence a entendu à sa barre des avocats fameux qui parurent à leur époque les plus éloquents des hommes. Qui se souvient, même parmi nous, du nom d’un seul d’entre eux ? Mais si le souvenir de leur personnalité a disparu, leur gloire a survécu, du moins au profit de la collectivité à laquelle ils ont appartenu.

... nous savons de quelle estime jouissaient les avocats d’alors et que, par leur valeur professionnelle, par l’ indépendance de leur caractère, par la dignité de leur vie, ils avaient su s’imposer à une société pour qui, cependant, le préjugé de la naissance semblait devoir tout dominer. Nous savons que le Barreau d’AIX était tenu pour un des meilleurs de France.

Les avocats aixois qui, il y a un peu plus de cent ans ont reconstitué notre Ordre, ont su faire revivre ces traditions glorieuses. Eux non plus, pourtant, pas plus que ceux qui plus près de nous ont été l’honneur de notre compagnie n’échapperont pas à la loi fatale : leur nom même disparaîtra… a disparu déjà, peut-être… Mais le Barreau d’ AIX, grâce à eux, a maintenu son antique renom. »

« NE LAISSONS PAS CET HERITAGE S’AMOINDRIR ! »


C’est ce dernier appel que nous retiendrons en achevant l’évocation de ce grand ancien que fut le Bâtonnier Alfred JAUFFRET.

« Retour

Trouver un avocat

Sélectionnez vos critères de recherche

Ordre des avocats à la cour d’appel d’Aix en Provence

5 rue Rifle Rafle
13100 Aix en Provence
Tél : 04 42 21 72 30
Fax : 04 42 21 72 43
Nous contacter

©2009-12 Ordre des avocats à la cour d’appel d’Aix en Provence - Tous droits réservés - Conception et réalisation agence web Answeb