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Chronique du temps passé ..ou Histoires du Barreau d'Aix en Provence par Monsieur le Bâtonnier Charles COHEN.
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Chronique n°29 > LES GRANDES FIGURES DU BARREAU D’AIX-EN-PROVENCE : LE BÂTONNIER JULES SAUTERON DE SERANON (1820 - 1891)

Si beaucoup d’avocats tombent dans l’oubli le plus complet sans avoir laissé trace de leur passage dans leur Barreau, il en est, pourtant, dont le souvenir se perpétue de génération en génération par la seule évocation de leur nom. C’est ainsi que le nom de Jules de SAUTERON de SERANON, avocat du temps passé, est resté très familier aux avocats du Barreau d’AIX, puisqu’un prix est décerné chaque année à un jeune avocat méritant, prix portant le nom de SERANON de SAUTERON.
Celui à qui il est décerné reçoit ainsi non seulement une récompense en numéraire mais aussi un très beau diplôme dont il ne manque pas de tirer une certaine fierté.

Ce fut, en effet, par testament en date du 10 mai 1886, que le Bâtonnier Jules SAUTERON de SERANON déclara vouloir léguer à l’Ordre des Avocats d’AIX-EN-PROVENCE une somme de 20.000 francs dont le revenu devait être attribué, après sa mort et celle de son épouse, à « celui des avocats stagiaires qui, étant inscrit au Grand Tableau, aurait le plus besoin de cette somme pour poursuivre sa carrière et donnerait le plus d’espérance de succès ».

Il demandait, bien sûr, que la fondation qui serait créée à cette occasion portât son nom, ce qui fut fait depuis son décès, en 1891, jusqu’à ce jour et pour que la postérité ne l’oublie jamais une belle plaque de marbre posée en bonne place à la Bibliothèque de l’Ordre témoigne de la reconnaissance du Barreau pour cet acte de générosité.

Mais combien d’avocats –même parmi ceux qui chaque année se sont vu attribuer le prix et qui le plus souvent affichent leur diplôme dans leur salle d’attente– savent qui fut le Bâtonnier Jules SAUTERON de SERANON.

Nous allons donc nous efforcer de faire revivre celui qui fut un des très grands avocats de son temps, une de ces grandes figures dont a pu dire que le Barreau fut la passion de sa vie et qu’il fut l’honneur de son Barreau.

Peu d’avocats peuvent réunir, en effet, autant de qualités professionnelles et personnelles que celles dont fut pourvu le Bâtonnier SAUTERON de SERANON.

Ne fut-il pas à la fois un orateur exceptionnel, un historien épris de littérature, un philosophe, un homme politique, un bâtonnier entreprenant et dynamique ?

Mais, avant tout et c’était le seul titre qu’il revendiquait, il était AVOCAT et ne prétendait à rien d’autre.

Il appartenait à cette ancienne et moyenne noblesse provinciale dont on affirmait qu’elle n’était ni la plus riche, ni la plus pompeuse mais la plus vraiment noble par la vie et les mœurs, par le rôle joué dans la société et par les services rendus au pays.

Les fils de ces familles passaient, en général, leur jeunesse et presque tout leur âge à servir sur terre ou sur mer.

Jules de SERANON appartenait à une lignée qui avait honoré la robe et l’épée.

Par sa mère, il appartenait à la lignée des de RICHARDY qui s’étaient illustrée sur mer tel l’Amiral de RICHARDY ou dans les ordres tel que le Cardinal du même nom..

Jules de SERANON avait le choix entre les armes et la robe. C’est sur la robe qu’il porta son choix et devint donc avocat.

Né en 1820 sous Louis XVIII, il prêta serment le 27 novembre 1843 sous Louis Philippe, connut l’apogée de sa carrière sous Napoléon III et ne l’acheva que sous la Troisième République.

Très vite, il se fit remarquer par un exceptionnel talent oratoire qui lui valut une flatteuse réputation et une notoriété qui se répandit bien au-delà des limites de la cité où il était installé.

Nous en avons trouvé la démonstration dans un discours prononcé peu après son décès, en 1892, par Me Xavier de MAGALLON, lors de la Séance Solennelle de Rentrée de la Société de Jurisprudence d’AIX (Conférence des Avocats), discours dans lequel nous avons puisé de précieuses informations.

Nous avons ainsi appris que Jules SAUTERON de SERANON avait fait ses premières armes chez celui qui fut son maître, dont la carrière d’avocat fut assez courte mais dont on disait qu’il avait une solide pratique des affaires, le sens du droit, une parole admirable, pleine de style, de mouvement, de chaleur.

Pendant dix ans, il eut cet avocat pour modèle, tant il est vrai que l’avenir d’un jeune avocat commence dans la formation qu’il peut recevoir d’un bon maître.

Celui-là avait pour nom Me GUIEU qui fera partie, malheureusement, de ces innombrables avocats ayant rempli noblement leur tache mais dont le souvenir s’est peu à peu effacé pour complètement disparaître.

Du moins auront-ils eu le mérite de donner à leur Barreau le lustre et le prestige dont il continue encore à bénéficier.

Jules SAUTERON de SERANON présentait des dons incontestables que la nature lui avait généreusement prodigués.

Peu d’hommes, a-t-on pu dire, auront été doués physiquement pour l’art oratoire d’une manière plus heureuse que Jules de SERANON.

D’un grand orateur, il en avait déjà le port et la haute stature et -ce qui ne gâtait rien- une voix puissante, âpre et rauque au début mais qui acquérait dans la chaleur des plaidoiries ou des discours une solidité et un éclat incomparables.

Attardons-nous un peu sur ce talent oratoire dont il apparaît, à en croire les discours prononcés après sa mort, qu’il fut hors du commun.

Voici quelques morceaux choisis, prélevés dans le discours que nous avons déjà évoqué de Me Xavier de MAGALLON.

« …il était essentiellement un orateur. Orateur, oui, ce mot sonore qui éveille une vision large de puissance et de domination sur la foule domptée ou charmée, c’est bien cela qui vient aux lèvres si l’on nomme DE SERANON. »

« C’est que l’art de s’exprimer avec correction, élégance, ne suffisent point à mériter ce titre; on ne le donne qu’à ceux qui exercent sur les âmes un certain empire, qui sont détenteurs d’une certaine force particulière d’entraînement et d’émotion…

“Cet empire, SERANON l’exerça. Cette force, il l’eut à un très haut degré.

« La manière de dire importe autant que les choses dites. SERANON disait merveilleusement… Ce n’était ni récité ni déclamé : c’était dit, c’était parlé. Voilà le grand art car c’est le plus naturel. C’est celui qui donne le plus de puissance à l’orateur par la communication qu’il créée entre l’auditoire et lui. Les esprits suivant sa parole sans peine se livrent à elle. Quand elle les a saisis dans ses liens, rien de plus aisé, par un effort d’éloquence que de les étreindre et de les enlever tout à coup….

« SERANON discutait d’une façon admirable... Avec quelle netteté et quelle simplicité il posait l’argument !Avec quelle vigueur il le développait ! »

Le discours de Me Xavier de MAGALLON était ainsi une succession d’appréciations dithyrambiques sur le talent oratoire de Jules SAUTERON de SERANON dont il faut bien croire qu’il marqua profondément ses contemporains.

Mais poursuivons et reprenons encore certains des passages de ce discours dont durent tirer profit bon nombre de jeunes avocats qui l’écoutaient.

« Ni CICERON, ni DEMOSTHENES. MIRABEAU ! Par des allures de son corps, comme par des tournures de sa parole, vraiment SERANON le rappelait. Ce talent était de la race de ce génie. »

« L’argument, il le tournait et le retournait sous toutes ses faces : le sien pour l’établir fortement, debout, en pleine lumière entre des remparts solides ; celui de l’adversaire pour le tordre, le rompre et le rejeter martelé comme à coups de massue. Il procédait d’une manière lente et large. C’était le pas d’un marcheur des Alpes. C’était le coup de hache des bûcherons. Pas une phrase ne se perdait et cela était d’une telle vie que l’auditoire restait suspendu à ses lèvres du premier mot au dernier ...

« Mais que la discussion se passionnât, alors le lion rugissait. Et vraiment quand la colère oratoire le prenait, quand l’indignation y vibrait, par l’ampleur, par l’éclat, par l’effort, par l’impression puissante qu’elle causait aux auditoires, cette parole était un rugissement ! »

Mais SERANON de SAUTERON était encore plus fort et plus redoutable dans les instants d’émotion que dans ceux de la colère et « sa puissance d’émouvoir venait, comme toujours, de sa facilité à être ému... En éloquence, comme ailleurs, le grand art, c’est la sincérité ».

Deux choses feraient l’orateur : l’âme et les moyens de l’exprimer et de SERANON, ajoute l’auteur du même discours, avait une âme d’élite, généreuse, sensible, vibrante.

Ne résistons pas au plaisir de citer le passage de ce discours qui porte sur l’âme, laquelle ferait les chefs-d’œuvre oratoires comme tous les chefs d’œuvre.

« L’âme, c’est qui sonne dans les vers de CORNEILLE; c’est ce qui gémit dans ceux de RACINE ; c’est ce qui sanglote dans ceux de MUSSET ; c’est ce qui chante dans LAMARTINE ; c’est ce qu’on sent se dresser à la manière des héros dans les prosopées de DEMOSTHENES ; c’est ce qui tonne dans MIRABEAU ; c’est ce qui vole et plane dans LACORDAIRE... ».

Voilà pourquoi, ajoute-t-on, Me SAUTERON DE SERANON eut, aux Assises, plus que de simples succès, de véritables triomphes, ce qui ne l’empêchait d’ailleurs pas d’obtenir sinon des triomphes, ce qui n’aurait pas été de mise, mais d’appréciables succès devant les juridictions civiles, car il était aussi un excellent juriste.

Etre un excellent orateur, avoir l’art de la parole et, en même temps, mettre au service de son verbe ses solides connaissances juridiques n’est pas une situation de tout repos.

A cet avocat là, aucune faiblesse n’est désormais permise. Il est définitivement condamné à être au moins égal à lui-même.

S’il ne l’était pas, quelle déception alors pour ses clients, pour ses juges –ou du moins certains d’entre eux– car parmi eux, comme parmi ses bons confrères, le brillant avocat qui faillirait, un seul jour, à sa réputation, n’en finirait pas d’essuyer des commentaires ironiques et devrait alors se surpasser davantage.

Me SAUTERON de SERANON eut, évidemment, comme bien d’autres, ses défaillances et ses moments de faiblesse et aurait été, à certaines heures, inégal à lui-même parce que, ajoute-t-on, à certaines autres il s’était élevé si haut qu’on attendait de lui qu’il restât sur les mêmes hauteurs.

Dans un discours prononcé également dans le cadre de la Conférence du Stage, le Bâtonnier Alfred JAUFFRET, évoquant la grande figure de Jules SAUTERON de SERANON et son admirable talent disait, à son tour, à ses jeunes confrères :

« Me DE SERANON fut un grand avocat d’Assises.

“Il serait injuste, d’ailleurs, comme envers beaucoup d’autres, de vouloir enfermer son talent dans une spécialité trop fermée. Me de SERANON savait plaider utilement une affaire civile et conduire logiquement une discussion juridique. Disons simplement que c’est à la Cour d’Assises qu’il était vraiment hors de pair. Il y régna pendant de longues années, en maître incontesté, y connut la joie de véritables triomphes et forma des disciples de grand talent…

« Ceux qui l’ont jadis entendu, ceux que son verbe puissant a remués, attendris, convaincus, se déclarent impuissants à analyser froidement son talent si particulier.

« Le fleuve ne roulait-il que de l’or pur ? un peu d’alliage ne se mêlait-il pas à toutes ces richesses ? ».

Que signifiait exactement cette dernière phrase quelque peu sibylline ?

Sans doute parce qu’en dépit de son merveilleux talent, de SERANON n’échappait pas à certaines critiques, peut-être parce que certains jours, à certaines heures, ainsi que nous l’avons vu, il n’était pas égal à lui-même, parce que peut-être aussi certains mettaient en doute la sincérité de son verbe, ce dont nous n’avons trouvé nulle part la confirmation.

Comme tout avocat arrivé au faîte de sa carrière, et en dépit de sa notoriété et de ses titres ou peut-être à cause d’eux, Me SAUTERON de SERANON ne fut pas à l’abri de certains incidents d’audience, dont l’un l’affecta sensiblement.

Cet incident se produisit le 12 février 1886, c’est-à-dire à une date où le Bâtonnier de SERANON n’était pas loin d’avoir achevé sa carrière, mais il faut supposer qu’il était encore dans toute la force de ses moyens physiques et intellectuels.

Il devait plaider devant la Chambre des Appels Correctionnels, présidée par M. LORIN de REURE, dans une affaire où un journaliste qu’il défendait était prévenu de diffamation envers un candidat aux élections législatives.

Reprenons les termes du procès-verbal de la réunion du Conseil de l’Ordre qui relate l’incident :

« M. le Président LORIN de REURE, alors que Me de SERANON plaidait comme appelant, l’a interrompu à plusieurs reprises et, en dernier lieu, au moment où il voulait établir la bonne foi de son client.

« Me de SERANON a déclaré que, dans ces conditions, il lui était impossible de présenter la défense du prévenu et qu’il renonçait à la parole. Il a ajouté qu’à l’avenir il s’abstiendrait de paraître à la barre de la Cour…

« M. le Président a passé la parole à l’avocat de la partie civile. L’honorable Me “MASSON a lu les conclusions tendant à la confirmation du jugement ; invité par M. le Président à les développer, il a dit : Je ne réponds pas à qui n’a pas plaidé ! »

« M. l’Avocat Général ayant requis, M. le Président sans passer la parole à Me de SERANON, avocat du prévenu, et sans la donner au prévenu lui-même a déclaré que la Cour se retirait pour délibérer ».

« Les avocats présents à l’audience ont affirmé que les interruptions de M. LORIN de ROURE à la plaidoirie de Me de SERANON ont eu lieu lorsque celui-ci était au cœur même de la discussion à fournir à l’appui de l’appel du prévenu. »

« Du reste, la longue expérience de Me de SERANON et les habitudes de convenances dont il ne s’est jamais départi nous assurent qu’il n’aurait pu, sans y être en quelque sorte contraint, prendre une détermination aussi grave que celle à laquelle il s’est arrêté. »

Le Conseil de l’Ordre décida, dans ces conditions, d’adopter le 18 février 1886 une délibération qui, pour énergique et ferme qu’elle fût, n’était peut-être pas à la mesure de la gravité de l’incident.

En voici les termes :

« Considérant que r le Conseil de Discipline a pour mission spéciale d’exercer la surveillance que l’honneur et les intérêts de l’Ordre rendent nécessaires.

« Que la première de ses obligations est d’assurer au Barreau le maintien de la libre défense et la faculté pour chaque avocat de remplir ses devoirs dans les limites que lui dicte sa conscience et sans manquer au respect de la justice ni aux convenances envers ses représentants.

« Considérant que Me de SERANON, interrompu à plusieurs reprises dans sa plaidoirie, s’est vu entravé à ce point par les observations et injonctions de M.,le Président LORIN de REURE qu’il a cru devoir cesser de plaider et renoncer à poursuivre la défense du prévenu…

« Qu’il est du devoir du Conseil de signaler aux chefs de la Justice les griefs qui lui paraissent fondés et qui sont de nature à porter atteinte à la dignité du Barreau, aux prérogatives des avocats et aux droits d’une libre défense et de réclamer de l’autorité du Premier Président et du Procureur Général l’examen de leurs griefs et la satisfaction qu’ils comportent ».

Ainsi, tout en déclarant approuver la conduite de Me de SERANON et en affirmant que les faits rapportés constituaient une atteinte à la dignité du Barreau de la Cour et à la liberté de la défense, le Conseil de l’Ordre décidera d’élever une « protestation » adressée aux Chefs de Cour.

Il faut croire qu’une telle délibération n’était pas de nature à satisfaire Me de SERANON et qu’il attendait peut-être une résolution beaucoup plus ferme en forme de rupture avec le magistrat concerné.

Il est arrivé en effet, dans l’histoire des barreaux, lors d’incidents de même nature, que les Conseils de l’Ordre jettent « l’interdit sur la barre », c’est-à-dire invitent les avocats à ne plus plaider devant tel ou tel magistrat ou telle ou telle juridiction.

Ce fut ainsi le cas lors d’un incident survenu, en 1843, entre le Bâtonnier MARIE du Barreau de PARIS et le Premier Président SEGUIER
Voir à ce sujet la CHRONIQUE HISTORIQUE N° 20 parue sur le Site INTERNET du Barreau d’AIX

Ce que nous savons, en tous cas, c’est que Me de SAUTERON, ne se contentant pas de la délibération du Conseil de l’Ordre dont il était membre lui-même mais qui n’avait pas participé, évidemment, à cette délibération, décida de donner sa démission qu’il signifia au Bâtonnier en exercice, Me GUILLIBERT, dans les termes suivants :

« L’incident d’audience de Vendredi dernier me détermine à vous adresser ma démission de membre du Conseil de l’Ordre.

Depuis 43 ans que j’exerce ma profession, je l’ai fait avec dévouement pourceux dont j’avais à défendre les intérêts, avec respect pour la justice devant qui je n’avais jamais trouvé, du reste, que protection pour les prérogatives de l’avocat.

Il m’a été douloureux après une si longue postulation que je peux dire avoir été toujours honorable, de voir mes prérogatives méconnues et de subir une atteinte des plus graves dans l’exercice de mes droits d’avocat dont je crois, pas plus en cette circonstance que dans d’autres, avoir dépassé la limite.

Veuillez donc, M. le Bâtonnier, recevoir et faire agréer à mes confrères ma démission de membre du Conseil de l’Ordre… »

Prenant acte de cette démission, le Conseil de l’Ordre décida d’organiser immédiatement l’élection d’un nouveau membre en remplacement de Me SAUTERON de SERANON.

Cette élection eut lieu dès le 23 février 1886.

Elle aboutit à la réélection de Me de SERANON à l’unanimité des voix, à l’exception d’un bulletin blanc.

Ainsi le Barreau tout entier rendait hommage et justice à leur confrère en lui redonnant sa place au Conseil de l’Ordre, place qu’il occupait depuis de nombreuses années et qu’il ne cessa d’occuper jusqu’à la fin, sauf une courte interruption au cours de laquelle un hommage encore plus vibrant lui sera rendu.

Nous n’avons pas encore dit que celui que, le plus souvent, nous avons nommé Me Jules SAUTERON de SERANON était devenu le Bâtonnier de SERANON le 15 août 1868 et qu’il avait été réélu le 14 août 1869.

Ce bâtonnat de deux années consécutives se déroula sans incident majeur, celui qui en exerçait les fonctions bénéficiant de la confiance de tous ses confrères et d’une réputation allant bien au-delà des limites de son Barreau.

Aussi, lorsque décéda, en 1868, le prestigieux et célèbre avocat que fut BERRYER, le Bâtonnier de SERANON fut invité à la cérémonie organisée à PARIS, lors de ses obsèques.

Il ne put, malheureusement, s’y rendre, et s’en excusa car il était, alors, engagé dans un grand procès criminel.

Il écrivit au Bâtonnier de PARIS qui était à l’époque Jules GREVY, futur président de la Troisième République, une lettre que l’on retrouve dans les archives du Barreau d’AIX :

« Je suis désolé, dit cette lettre, de n’être pas avec les représentants du Barreau Français autour de la tombe de celui qui a été si longtemps notre maître, notre modèle et notre gloire et dont la mort est un deuil public. C’eut été l’honneur de mon bâtonnat d’accomplir, en cette circonstance, ce triste et pieux devoir…

« Pour nous associer aux légitimes honneurs que vous rendez à ce mort illustre et dans l’impuissance où nous sommes d’être avec vous, notre Ordre fera célébrer presque à la même heure des funérailles, un service solennel pour M. BERRYER ».

Ouvrons une petite parenthèse au sujet de BERRYER qui fut, tout le monde s’accorde à le reconnaître, l’un des plus grands avocats du Barreau Français, avocat de causes célèbres puisqu’il défendit notamment le Maréchal NEY, le Général CAMBRONNE, LAMENNAIS, CHATEAUBRIAND et même Louis-Napoléon BONAPARTE.

Il fut aussi un homme politique dont la Provence devrait se souvenir puisqu’il fut élu député de MARSEILLE en 1830 et ne cessa depuis de siéger, à ce titre, dans les assemblées parlementaires.

Un monument le représentant en robe d’avocat, se trouve encore aujourd’hui sur le côté extérieur droit du Palais de Justice de MARSEILLE, monument dont l’ édification avait été précisément suggérée par le Bâtonnier de SERANON.

Hélas, de trop nombreux avocats, notamment parmi les jeunes, passent avec indifférence devant ce monument et sont dans l’incapacité de savoir et de dire qui il représente.

Mais fermons cette parenthèse qui pourrait avoir pour titre DE L’IGNORANCE PAR LES AVOCATS DE LEUR PROPRE HISTOIRE et reprenons celle du Bâtonnier de SERANON.

Elu Bâtonnier en 1868, puis en 1869, Jules SAUTERON de SERANON avait été ensuite, sans interruption, élu au Conseil de l’Ordre, jusqu’au moment où ayant démissionné, il fut triomphalement réélu.

Mais la réparation que l’on pouvait attendre en faveur de cet avocat atteint dans son honneur et sa dignité après de si nombreuses années d’exercice professionnel, ne s’arrêta pas là.

Il fallait montrer à ce magistrat , M. LORIN de ROURE et aux autres magistrats de la
Cour, combien le Barreau était solidaire de l’un de ses membres aussi injustement atteint.

Aussi, bien que le Bâtonnier de SAUTERON ne fut nullement candidat, fait assez exceptionnel, il fut élu à nouveau Bâtonnier peu après l’incident que nous avons relaté, pour l’année 1886-1887.

Il accepta avec émotion et reconnaissance cette marque très particulière de confiance et de solidarité mais décida de ne pas en abuser.

Elu donc pour l’année judiciaire 1886 - 1887, soit vingt ans après son premier bâtonnat, il annonça qu’il n’exercerait ses fonctions que jusqu’à la Rentrée Solennelle du Stage qui devait avoir lieu le 15 décembre 1886 et qu’il les abandonnerait juste après le discours qu’il prononcerait à cette occasion.

Il commença, dans ce discours, par remercier ses confrères pour leur précieux témoignage d’ estime et d’amitié, pour, ensuite, s’excuser d’avoir par l’élection dont il venait d’être l’objet, retardé celle de l’avocat à qui, naturellement, aurait dû revenir la direction de l’Ordre, se reprochant même d’avoir été un obstacle à sa légitime ambition.

Mais il rassura son futur successeur en lui confirmant que dès la fin de la Séance Solennelle, il lui cèderait aussitôt sa place.

Son discours, à l’intention surtout des jeunes avocats du stage, avait pour thème principal L’INDEPENDANCE DE L’AVOCAT.

Il n’est pas douteux que, parlant aussi devant un parterre de personnalités du monde politique, religieux et judiciaire et notamment devant les Chefs de la Cour d’Appel, le Bâtonnier de SERANON, en insistant sur l’indépendance de l’avocat, ne pouvait que justifier ainsi son refus de plaider devant une juridiction qui entendait l’empêcher de parler, tout le monde ayant encore à l’esprit l’incident qui s’était produit quelques mois plus tôt.

Du reste, la réélection comme Bâtonnier de Me de SERANON, peu après cet incident, n’avait d’autre but que de démontrer aux magistrats de la Cour la solidarité indéfectible du Barreau pour ses membres et son attachement à la liberté de parole, liberté qu’un haut magistrat avait cru devoir ignorer et qu’il avait même bafouée outrageusement.

On peut présumer que les magistrats qui écoutaient le discours prononcé par le Bâtonnier de SERANON ne devaient pas être très à leur aise, puisque le Premier Président et le Procureur Général qui avaient été saisis de l’incident provoqué par le Président LORIN de ROURE avaient ,non sans quelque désinvolture, répondu qu’il n’y avait de leur part aucune suite à lui donner, tout en se répandant en paroles très aimables pour le Barreau.

Comme il l’avait annoncé, le Bâtonnier de SERANON démissionna dès la fin de son discours ce qui permit, aussitôt après à Me Benjamin ABRAM, qui devait ronger son frein, d’être enfin élu Bâtonnier de son Barreau, lors de l’Assemblée Générale de l’Ordre du 17 décembre 1886.

Notons en passant que le Bâtonnier Benjamin ABRAM, qui fut maire d’AIX-EN-PROVENCE, eut soin de suivre le Bâtonnier de SERANON dans sa générosité puisqu’il fit, lui aussi, un don pour la création d’un prix et que ce prix est, lui aussi ,décerné chaque année à un avocat stagiaire méritant, sous le nom de PRIX BENJAMIN ABRAM.

Nous avons abondamment parlé de la carrière d’avocat du Bâtonnier SAUTERON de SERANON sans avoir cependant épuisé, loin de là, le sujet.

Cette carrière fut certainement beaucoup plus dense et encore plus riche que celle que nous avons brièvement évoquée et il est certain que nous avons dû en négliger de nombreux aspects.

Efforçons-nous, néanmoins, de cerner davantage la personnalité du Bâtonnier de SERANON, en abordant d’autres domaines que celui du Barreau.

L’avocat, en dépit de son engagement professionnel qui l’absorbe presque entièrement, sait souvent réserver dans sa vie une certaine place à d’autres activités qui ne sont, d’ailleurs, nullement incompatibles mais qui, au contraire, viennent compléter et affermir sa formation et son expérience professionnelles.

Telles sont, nous l’avons dit, les activités culturelles, artistiques, associatives, politiques, et même agricoles, autant de dérivatifs nécessaires et salutaires.

Le Bâtonnier de SERANON ne fut pas en reste et déploya dans divers domaines une activité intense des plus surprenantes.

Dans le domaine culturel, nous savons qu’il fut un membre très actif de l’ACADEMIE DES SCIENCES, AGRICULTURE ET BELLES-LETTRES d’AIX-EN-PROVENCE.

Il nous apparaît opportun de parler quelque peu de cette ACADEMIE qui tient un place importante dans notre Cité et dont le prestige déborde, d’ailleurs, largement de ses limites.

Cette vieille dame, organisée à l’image de l’ACADEMIE FRANCAISE, comporte, comme elle, quarante IMMORTELS et un SECRETAIRE PERPETUEL.

Si sa création n’est pas aussi lointaine, elle remonte cependant à près de deux siècles puisque c’est en 1808 qu’en furent jetés les éléments constitutifs.

De très nombreuses personnalités ont, depuis, illustré cette institution, tout au long de ces deux siècles écoulés depuis sa fondation.

Il n’est, d’ailleurs, que de parcourir les rues d’AIX pour y retrouver les noms de plusieurs d’entre elles.

Le monde judiciaire et notamment le Barreau y furent largement représentés.

Il l’est encore puisque l’actuel Président est un ancien Bâtonnier et que nombreux furent, parmi ses prédécesseurs, des avocats portant ou non le titre de Bâtonnier.

Le Bâtonnier de SERANON fut précisément l’un d’eux et l’activité qu’il déploya au sein de cette noble Compagnie fut des plus remarquables ainsi qu’en témoignent les archives déposées au Musée ARBAUD et l’ HISTOIRE DE L’ACADEMIE D’AIX DE 1808 à 1939, par Maurice GONTARD, éditée en 1993 dans les PUBLICATIONS DE L’UNIVERSITÉ DE PROVENCE.

Le Bâtonnier de SERANON fut admis à l’ACADEMIE en 1858.

Il en fut le Président pendant plusieurs années, d’abord en 1865 et 1866, puis en 1883, 1884 et 1885.

La liste de ses interventions, de ses communications, de ses travaux est impressionnante.

On y trouve les sujets les plus divers et des études de toutes sortes, littéraires, poétiques, historiques, biographiques, archéologiques, iconographiques, des notes et souvenirs de voyage, en Italie, en Hongrie, en Grèce , en Sicile , ainsi qu’un nombre important de réponses à des discours de réception.

Les deux présidences de SAUTERON de SERANON marquèrent, dit-on, le renouveau de l’ACADEMIE, d’abord par un changement important de ses statuts et aussi par moins d’austérité, ainsi qu’en témoigne un événement qui fut, dit-on, la grande affaire de l’année 1885.

LE MEMORIAL D’AIX avait, quelques mois plus tôt, écrit que les sociétés savantes trouvaient beaucoup d’aliments à leur activité et digéraient bien des choses, mais ne se livraient pas souvent « à la pratique de la chimie culinaire ».

Le journal regrettait que les Académies, en général, et celle d’AIX en particulier soient « de véritables sociétés de tempérance qui ne savent pas tempérer leur trop de sérieux par un peu de gauloiserie, croiser le couteau et la fourchette avec la plume et vider le verre en même temps que l’encrier ».

Cela ne pouvait manquer de piquer au vif le Président de SERANON qui décida, effectivement, de célébrer autrement que d’habitude, c’est-à-dire avec moins de froideur et d’austérité, les séances annuelles et publiques de clôture.

Il proposa, donc, de fêter , après la séance de clôture de l’année 1885, les cinquante années de présence à l’ACADEMIE de M. de GARIDEL, ancien président et toujours trésorier, proposition aussitôt acceptée et comme selon l’expression employée par LE MEMORIAL « il n’ y a pas de bonne noce sans un bon coup de fourchette », il fut décidé qu’après la séance publique un banquet serait organisé à l’Hôtel de la MULE NOIRE.

Ce que fut ce banquet mémorable, L’HISTOIRE DE L’ACADEMIE en rapporte les savoureux détails, à la fois culinaire , littéraires et poétiques.

Nous savons ainsi que « les mets étaient délicats et les vins fins. Ils avaient une saveur locale et de circonstance. On a savouré des croustades à la cinquantenaire, des filets de bœuf de VILLEMUS, des chapons d’ENCAGNANE, une bombe glacée des ALPES, des savarins SAINTE-VICTOIRE, puis les détonations des bouteilles de champagne débouchées ont donné le signal des santés et des chansons ».

De SERANON qui présidait et qui était l’inspirateur de cette manifestation unique dans l’histoire de l’ACADEMIE, après avoir souhaité à de GARIDEL « LONGO MAIL » (encore longtemps) porta un « brinde » en provençal puis émit le vœu que l’un des quarante fauteuils de l’ACADEMIE FRANCAISE soit accordé à Frédéric MISTRAL, proposition accueillie avec enthousiasme et suivie de chansons et poésies de FONVERT, du Félibre GAUT et d’autres participants.

Enfin la manifestation fut clôturée par de « gracieux triolets » en l’honneur de GARIDEL « héros de cette fête sans précédent dans les Annales de l’ACADEMIE ».

Mais bien que l’engagement fut pris à l’unanimité qu’un dîner annuel aurait lieu désormais le soir de la séance publique, cette motion, dit-on, n’eut pas plus de suite que la plupart de celles votées dans l’atmosphère euphorique des fins de banquet.

Nous nous sommes permis de citer cet « événement » afin de montrer combien le Bâtonnier de SERANON savait, d’une façon harmonieuse, concilier les rudes obligations de sa vie professionnelle avec son engagement dans la vie culturelle de la cité, engagement, nous le verrons, qui ne fut pas le seul, tant était grande sa capacité physique et intellectuelle à intervenir dans les activités les plus nombreuses et les plus variées.

Nous aurions pu nous étendre davantage sur l’action du Bâtonnier de SERANON lorsqu’il fut président de l’ACADEMIE, ce qui nous entraînerait dans une étude beaucoup plus longue.

Nous dirons simplement que, si par son prestige, la qualité de ses membres, l’ACADEMIE joua et joue toujours, dans la vie de la cité et au- delà, un rôle important et si on a pu dire que la ville d’AIX était « aussi brillante par la culture de l’esprit que par ses traditions de bon goût et d’exquise politesse » , le président de SERANON apporta une appréciable contribution à cette réputation.

Une preuve supplémentaire pourrait en être donnée lorsque eut lieu en 1866 à AIX, à son initiative, LE CONGRES SCIENTIFIQUE DE FRANCE, dont l’organisation fut confiée à l’ ACADÉMIE que présidait alors de SERANON.

Le succès de ce CONGRES national fut considérable.

Il y eut plus de 900 adhésions individuelles provenant de toutes les régions de France, outre 40 adhésions de sociétés savantes.

Les travaux furent répartis en sections : sciences, agriculture, médecine, histoire et archéologie, littérature, jurisprudence, philosophie et y participèrent tout ce que la France comptait de savants dans chacune de ces disciplines.

On y entendit, notamment, une communication d’Emile ZOLA, un exposé de Ferdinand de LESSEPS sur les travaux entrepris à SUEZ. De SERANON mit en lumière l’influence littéraire exercée par PEIRESC sur ses contemporains et proposa l’édification à AIX d’un monument à sa mémoire.

Les travaux de ce congrès, dont le succès fut des plus remarquables, notamment par la qualité de ses adhérents et par l’accueil plein de sympathie et de courtoisie de la population furent résumés dans un « monument typographique » de 1300 pages en deux tomes, destiné à faire honneur à la Ville d’AIX et à la PROVENCE.

Nous pourrions arrêter là la mini-biographie que nous avons entreprise de Jules SAUTERON de SERANON, avocat, Bâtonnier et Académicien.

Mais en avons-nous vraiment terminé avec les multiples activités du Bâtonnier SAUTERON de SERANON et pouvons-nous mettre un point final à cette trop rapide évocation de ce que fut sa vie et son œuvre ?

Certainement pas !

Mais comment, nous dira-t-on, aurait il pu exercer d’autres activités ?

La profession qu’il exerçait, les responsabilités qu’il assumait au sein du Barreau outre son activité culturelle au sein de l’ACADEMIE, ne suffisaient -t-elles à remplir son temps disponible ?

Nous ne savons rien ou pas grand chose de sa situation familiale ni de sa vie privée.

Mais nous savons qu’il s’intéressait aussi à la politique et qu’il s’était également engagé dans l’aventure maçonnique en y jouant, comme dans tous les autres domaines de son activité, un rôle important.

En politique, il ne semble pas avoir fait carrière, ayant été simplement Conseiller Municipal, ou autrement dit officier municipal, mais nous avouerons que nous n’avons pas accompli de bien sérieuses recherches pour nous prononcer sur la place qu’il avait pu occuper dans la politique de la ville d’AIX-EN-PROVENCE.

Nous savons, par contre, que son titre d’officier municipal lui valut quelques critiques et contestations au sein de la Loge Maçonnique à laquelle il appartenait.

Cela nous donne l’occasion d’évoquer ce qu’était la franc-maçonnerie à AIX à l’époque où nous nous plaçons.

Sous l’Empire autoritaire, la franc-maçonnerie avait été mise en sommeil partout en France et évidemment à AIX-EN-PROVENCE où les nombreuses loges qui s’y trouvaient fermèrent leurs portes ou se mirent en veilleuse, pour se réveiller sous l’Empire Libéral, à partir de 1865, ne cessant depuis de grandir et de se développer.

Il existait au moins trois loges à AIX : LES AMIS DE LA BIENFAISANCE , LES ARTS ET L’AMITIE et le MAILLET ECOSSAIS.

Si la dernière de ces trois loges était quelque peu boudée par le monde du palais, par contre, les deux premières comptaient de nombreux membres du monde judiciaire, magistrats, greffiers , avoués et bien sûr avocats, auxquels s’ajoutaient les professeurs et étudiants de la Faculté de Droit.

Nombreux étaient ceux qui passaient d’une loge à l’autre comme ce fut le cas de SAUTERON de SERANON qui, d’abord AUX AMIS de la BIENFAISANCE, passa aux ARTS et L’AMITIE.

Nous n’avons pas l’intention de nous attarder sur la vie de ces loges qui occupaient une place importante à AIX, mais nous conseillons vivement la lecture du remarquable ouvrage de Christiane DEROBERT - RATEL sur LES ARTS ET L’AMITIE ET LE RAYONNEMENT MACONNIQUE DANS LA SOCIETE AIXOISE DE 1848 A 1871, ouvrage paru aux éditions EDISUD.

Nous y trouvons, parmi celles de très nombreux aixois issus de tous les milieux, la présence de Me de SERANON qui y occupait les fonctions de « vénérable ».

Disons quelques mots de ce titre et des attributions qu’il impliquait.

Le vénérable était une sorte de membre supérieur de la loge, convoquant et présidant toutes les assemblées tant ordinaires qu’extraordinaires, membre né de toutes les commissions et députations ; aucun frère ne pouvant le reprendre, sa dignité le mettant au dessus de toute réprimande .

S’il se présentait à la porte du temple, les travaux étant ouverts, il devait être accueilli par cinq frères désignés pour le recevoir tandis que tous les autres devaient se mettre à l’ordre, glaive en main.

« Les maillets battront, il sera conduit à l’Orient, sous la voûte d’acier où le président lui remettra le maillet et rendra compte des travaux. »

Bien d’autres attributions et honneurs lui sont conférés, ce qui laisse à penser combien était importante la fonction de vénérable au sein d’une loge maçonnique.

C’est donc cette fonction que SAUTERON de SERANON exercera pendant de nombreuses années au sein de la loge LES ARTS ET L’AMITIE, cumulant ainsi les titres et fonctions d’avocat, de Bâtonnier, d’académicien, d’officier municipal et de ...vénérable !

Jusqu’à la fin de sa vie et sans avoir pris de repos, il continuera à exercer toutes ces activités et en tous cas celle d’avocat, puisque les archives du Barreau d’AIX mentionnent qu’il fut membre du Conseil de l’Ordre jusqu’au 17 juin 1891, son décès survenant peu après, en septembre 1891.

Il était encore entre ces deux dates en possession de tous ses moyens, puisque ses contemporains avaient conservé en mémoire la soirée qu’il avait organisée chez lui pour accueillir tout le Barreau Aixois.

« C’était dans le petit jardin où, à la façon des sages de tous les temps, il passa les dernières années de sa vie à penser… Sur la terrasse de la modeste maison, au murmure d’une eau qui coulait, sous le frémissement des pins, concitoyens et confrères, divisés peut-être ailleurs, se sentaient fortement unis…

« Lorsque Me de SERANON prit la parole, lorsqu’il employa à remercier ses confrères, ce talent qui l’avait placé si haut parmi eux, il trouva dans les réminiscences de sa carrière, dans son ardent amour pour cette profession d’indépendance et de droiture, il puisa aussi dans l’émotion de la circonstance une de ses meilleures inspirations…

« Cet homme si beau, ce talent si ferme faisaient avec les choses qui l’environnaient un tout harmonieux. Et ce fut une impression saisissante et charmante de voir dans le décor magnifique de la nuit, cette autre œuvre magnifique de Dieu, l’éloquence humaine, frémir et passer »

(Extraits du Discours de Me de MAGALLON).



Au moment où nous nous proposons d’achever cette toute petite biographie de Jules SAUTERON de SERANON nous éprouvons le sentiment, qui apparaît toujours dans un tel cas, d’avoir été incomplet et insuffisant et d’avoir, peut-être, présenté un personnage différent de celui qu’il était réellement.

C’est certainement le reproche que l’on peut faire à tout biographe, bien qu’il ait recueilli tout ce qui pouvait concerner la vie, la personnalité et l’œuvre de son personnage.

A plus forte raison lorsqu’il s’agit, comme ici, d’une étude courte et trop concise, faute d’une documentation suffisante et de témoignages précis.

Notre seul argument sera d’affirmer qu’en aucun cas nous n’avons prétendu écrire une véritable biographie, mais d’avoir réalisé une simple et modeste évocation.

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