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Chronique du temps passé ..ou Histoires du Barreau d'Aix en Provence par Monsieur le Bâtonnier Charles COHEN.
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Chronique n°6 > PRESEANCE et PROTOCOLE

L’histoire du Barreau d’Aix-en-Provence nous apprend, à travers les délibérations de son Conseil de l’Ordre, combien les avocats de ce barreau ont été attachés aux questions de préséance et de protocole, sans doute comme l’ont été les avocats des autres barreaux. L’avocat a, en effet, été toujours soucieux de sa place dans la société et du rang qui lui était assigné, notamment lors des manifestations officielles, lorsque son Ordre et sa profession devaient être représentés par les instances ordinales, c’est-à-dire le Bâtonnier et son Conseil. Nombreux furent les incidents qui, le plus souvent, opposèrent les magistrats et les avocats sur le rang occupé par ces derniers. N’évoquons pas le présent, à propos duquel il y aurait beaucoup à dire, mais le temps passé, auquel sont consacrées nos chroniques et feuilletons les registres des délibérations de notre Ordre.
L’occasion nous sera ainsi donnée d’évoquer la grande figure du Premier Président CABASSOL –qui fut aussi avocat et bâtonnier– dont le fils, le Bâtonnier Gabriel CABASSOL, est encore présent dans nos mémoires et dont le petit-neveu est notre Doyen actuel, Maître Jacques RAFFAELI.

Le Conseil de l’Ordre, convoqué par le Bâtonnier FASSIN, se réunit le 28 mai 1928 pour aller assister en corps et en robe aux obsèques de Monsieur le Premier Président CABASSOL.

La cérémonie religieuse a lieu à l’Eglise de SAINT-JEAN de MALTE, à laquelle les personnes présentes se rendent en cortège et, c’est précisément-là, dans ce cortège, que se produit l’incident…

En effet, dans le cortège où a-t-on placé la délégation du Conseil de l’Ordre à la tête de laquelle se trouve le Bâtonnier avec ses confrères, tous en robe ?

Non seulement après les magistrats de la Cour d’Appel –ce qui aurait été normal– mais aussi derrière tous les autres magistrats du ressort qui, eux, n’étaient pas en robe.

Il n’était pas possible d’accepter un pareil rang, contraire à tous les usages et traditions.

Aussi, dès l’arrivée du cortège, le Bâtonnier s’adressera au maître des cérémonies, le Conseiller à la Cour LESCUDIER, lequel corrigeant l’erreur grave qui avait été commise, rendra, dans l’église, la place qui revenait au barreau, soit immédiatement derrière les magistrats de la Cour d’Appel.

Mais les choses ne pouvaient en rester là.

Ainsi, réuni à nouveau le 18 juin 1928, le Conseil de l’Ordre invitera fermement le Bâtonnier à s’assurer, à l’avenir, avant de participer à toute manifestation, du rang de préséance réservé à l’Ordre.

Malheureusement, le même problème surgira à diverses occasions au cours de l’histoire du Barreau, problème attribué, ainsi que le souligne une délibération du 16 septembre 1959, à une négligence fâcheuse des règles traditionnelles du protocole et de la préséance du Barreau et à la grave méconnaissance du rang qui lui est dû.

Cette délibération fait allusion à l’impossibilité pour le Conseil de l’Ordre de prendre place –faute de sièges disponibles– dans la salle d’audience où se déroulait la séance solennelle de rentrée de la Cour d’Appel, puis, au fait que, le même jour, l’audience solennelle du Tribunal de Grande Instance avait été ouverte sans que le Bâtonnier et le Conseil de l’Ordre fussent présents.

Ainsi, le Barreau d’Aix-en-Provence a toujours été affecté par ces entorses aux règles traditionnelles de préséance.

D’autres barreaux se sont trouvé confrontés aux mêmes difficultés et ont toujours réagi avec vigueur.

L’auteur de ces lignes se souvient, notamment, d’un incident qui eut lieu lors de l’arrivée d’un nouveau Résident Général au Maroc.

Il était d’usage, en pareille circonstance, pour tout nouveau représentant de la France, de recevoir les corps constitués et, évidemment, les magistrats et les avocats.

Ceux-ci se présentèrent en robe.

Les magistrats de la Cour d’Appel furent introduits les premiers.

Venait donc, traditionnellement ensuite le tour des avocats.

Or, ce furent les magistrats du Tribunal qui entendirent passer devant eux.

Le Bâtonnier de l’Ordre n’ayant pu les convaincre d’observer les règles traditionnelles de préséance, décision fut prise de se retirer et de renoncer à être présentés.

Le nouveau Résident Général (il s’agissait du Général GUILLAUME), informé de l’incident, décida, avec élégance, de réserver l’après-midi une réception spéciale aux avocats.

Les choses n’en restèrent pas là.

Le Bâtonnier et son Conseil de l’Ordre élevèrent une protestation motivée auprès des Chefs de Cour, qui semblèrent ne pas y porter intérêt.

Il fut alors décidé par le Barreau, très soucieux de faire respecter ses prérogatives, de faire la grève des audiences solennelles, tant de la Cour que du Tribunal, jusqu’à ce que fut reconnu, officiellement, son rang de préséance.

Faut-il mettre ces réactions sur le compte d’un amour-propre excessif et doit-on, aujourd’hui, considérer avec ironie les efforts déployés par nos anciens pour préserver la place, même à titre protocolaire, que doivent tenir les barreaux ?

Certains beaux esprits prétendront, sans doute, que les avocats sont confrontés aujourd’hui à des problèmes bien plus graves.

Ils se trompent car il y va de leur propre statut et de la place qu’ils doivent occuper individuellement dans notre société où s’affaiblissent dangereusement la considération et le respect que mérite la profession d’avocat.

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