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La profession d'Avocat

La déontologie

La Déontologie au quotidien par Monsieur le Bâtonnier Charles COHEN
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Article n°78 > RIONS UN PEU ! LA DEONTOLOGIE MISE EN PIECE(S)….DE THEATRE LA NOTE D’HONORAIRES

La scène se passe dans le cabinet de Me X, avocat ; il est assis à son bureau ; en face de lui, une cliente Madame Y.
L’Avocat d’une voix suave : Chère Madame, vous avez reçu ma lettre et ma note d’honoraires, vous venez donc….. La cliente : Je voudrais justement vous en parler ; permettez-moi de vous le dire un peu crûment ; je la trouve un peu salée. L’avocat, avec surprise : Ah bon ! Pourtant tout est facile à justifier La cliente : D’abord, pourquoi 900 francs l’heure ? Vous travaillez à l’heure ? L’avocat : Vous ne pouviez pas l’ignorer ! vous avez bien vu affiché dans ma salle d’attente, mon tarif d’honoraires, hors taxe bien entendu. La cliente : Non, je n’ai rien vu. Où cela dans votre salle d’attente ? L’avocat : Mais près de la fenêtre , derrière le rideau, non je veux dire, à côté du rideau. La cliente : Je n’ai vraiment rien vu ! L’avocat : Je vous en avais d’ailleurs parlé lors de notre premier entretien La cliente : Je vous avais, en effet, posé la question. Vous m’avez répondu, je m’en souviens très bien : « Je ne vous demanderai rien qui ne soit exactement du ». Cela m’a rassurée. L’avocat : Vous voyez donc bien ! Ma note d’honoraires illustre parfaitement ce que je vous ai dit. La cliente : Excusez-moi, Maître, mais vous me comptez 1.8OO francs pour communications téléphoniques ; or vous ne m’avez jamais téléphoné ! C’est toujours moi qui l’ai fait. L’avocat : Certes ! Vous m’avez même téléphoné, attendez (il cherche dans le dossier), voilà ! 24 fois, je peux vous donner la date et la durée de chaque communication. La cliente : Pour vous demander des nouvelles de mon dossier, vous ne m’en donniez jamais ! L’avocat : Voyez-vous, Madame, 24 fois, 5 minutes en moyenne chaque fois, cela fait exactement 120 minutes qui font 2 heures, à 900 francs l’heure, cela fait bien 1800 francs, hors taxe évidemment. La cliente : Mais vous me demandiez de mes nouvelles, vous me parliez du soleil et de la pluie ; je vous trouvais très aimable, j’ignorais que …. L’avocat, sèchement : Je ne me sépare jamais de mon chronomètre ; parfois j’utilise l’un de ces sabliers , c’est plus pratique et plus amusant. La cliente, bougonnant : Et là, 3.OOO francs pour la correspondance ! Vous ne m’avez guère écrit, deux ou trois lettres de quelques lignes. L’avocat : Il ne s’agit pas de mes lettres, Madame , mais des vôtres. La cliente, vivement : Mais elles étaient correctement affranchies ! Et vous n’y avez jamais répondu. L’avocat : C’est vrai ! Mais je les ai lues. Tenez, prenez celle-ci (il prend dans son dossier une lettre manuscrite). Elle a une page et demi et 66 lignes. Chaque ligne comporte, en moyenne, dix mots. Calculez ! Cela fait 66O mots, cela fait 66O secondes de lecture, donc ? (il attend la réponse de la cliente qui ne répond pas), donc 11 minutes exactement……à 900 francs l’heure. La cliente : Hors taxe ! Je sais ! L’avocat : Reprenez chacune de vos lettres. Faites le même calcul. Cela fait bien 3.OOO francs, je vous le garantis ! La cliente : A quoi ont pu servir mes lettres ? Non seulement, vous n’y avez jamais répondu, mais vous ne vous êtes pas servi de mes arguments. L’avocat :Attention ! Il ne faut pas confondre ! Une chose est de lire, une autre chose est d’utiliser le contenu des lettres. Je n’ai pas utilisé vos arguments, dites-vous, c’est possible, mais je ne vous ai rien compté pour cela. ! La cliente :Vous ne m’avez donc pas défendue ! L’avocat : N’allez pas si vite ! Je n’en ai eu guère le temps ! La cliente : J’ai du transiger, vous le savez fort bien ! L’avocat : Cela vaut beaucoup mieux qu’un bon procès ! La cliente : Mais j’ai transigé toute seule avec mon adversaire L’avocat : qui a cédé à nos arguments. La cliente : Il n’a rien cédé du tout, c’est moi qui ai tout cédé ! L’avocat : Mais j’en ai tenu compte ! Tenez, là ! sur la note : transaction communiquée par cliente : lecture, analyse, étude, lettre de félicitations accompagnée de la facture : 3O minutes à 900 frs. l’heure, 45O francs. La cliente, affolée : Mais je vois encore : honoraires de résultat. Quel résultat ? L’avocat, avec conviction : Il y a toujours un résultat ! Il est normal que l’avocat y participe. Votre transaction, n’est-ce pas un résultat ? Un bon résultat ? Savez-vous ce que vous aurait coûté un procès ? La cliente : Je sais, à 900 francs l’heure ma maison y passait ! L’avocat , avec satisfaction : Vous voyez bien ! La cliente : Mais j’ai vidé mon compte en banque ! L’avocat : Vous avez, par contre, gardé votre maison ! La cliente : Vous n’y êtes pas pour grand chose ! L’avocat, qui fait semblant de n’avoir pas entendu : Donc, si vous le voulez bien, nous allons clôturer ce dossier. La cliente résignée sort son carnet de chèques et s’apprête à remplir l’un d’eux. L’avocat : Une seconde, voulez-vous ? La cliente : A combien ? L’avocat : C’est une façon de parler, quoique …. Vous êtes venue, Madame, à 11 heures et il est 11 heures 2O. Il faut compléter cette facture …..Je calcule … La cliente, affolée et calculant à toute vitesse : Ne cherchez pas ! ça fait 20 minutes à 900 frs l’heure, soit 300 francs hors taxe et 355frs.8O TTC. Je fais immédiatement mon chèque ! Elle rédige son chèque très rapidement et se dirige vers la porte Ne me raccompagnez pas, Maître ! et je vous en prie, arrêtez vos stupides sabliers ! Elle disparaît. F I N

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